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Boulevard Zoé Drion


Le boulevard Zoé Drion fut tracé sur les anciennes fortifications, après le démantèlement de la forteresse hollandaise, décidé en 1867 et commencé en 1869. En 1871, les travaux de destruction s’achèvent ; Charleroi tire un trait sur son passé de place forte. Avant la fondation de Charleroi, le lieu présentait un aspect vallonné. Au creux du vallon coulait le ruisseau du Spiniat qui se jetait dans la Sambre. Ses eaux furent utilisées en 1693 pour créer deux étangs artificiels afin de défendre le côté est de la forteresse, couvrant une partie de l'actuel boulevard Drion et de l'ancienne plaine des manœuvres. Ces étangs furent remblayés lors de la construction de la forteresse hollandaise, englobant le plateau nord de Charleroi.

Le boulevard Zoé Drion en 2014, depuis l'Hôtel de Police

Ce qui restait du ravin fut partiellement comblé de 1874 à 1878 avec les débris de démolition de la forteresse et par des terres provenant des terrils du Mambourg-Sablonnière. Le nouveau boulevard, ainsi que sa prolongation (boulevard Dewandre) longent alors l'ancien cimetière de Charleroi.

Si en surface il n'existe presque plus de traces des anciennes fortifications de Charleroi, le sous-sol conserve par contre des vestiges de ce passé. Des souterrains existent toujours en certaines parties de la ville ; le parking Zoé Drion communique avec des souterrains de l'ancienne forteresse hollandaise qui se faufilent sous les boulevards Joseph II, Zoé Drion et la rue Isaac. Ils furent utilisés lors de la Seconde guerre mondiale par les habitants du quartier comme abris lors des bombardements.

Dénommée sur les premiers plans "Boulevard Extérieur", l'artère devient un temps Boulevard Pierre Mayence. Cette partie du boulevard est renommée par la suite en hommage à Zoé Drion suite à la décision des autorités communales du 28 octobre 1902.

Zoé Pauline Drion est née à Charleroi le 6 janvier 1826. Rentière, elle épouse Louis Joseph Flament en 1869, et ils s’établissent dans un « château » rue de Lodelinsart à Montignies-sur-Sambre (Neuville) ; leur demeure se situait à l’emplacement de l’actuelle Ecole-Clinique provinciale. Veuve en 1880, sans descendance et sans plus aucune réelle famille, vivant écartée de ses parents les plus proches éloignés au cinquième degré, et estimant que ses héritiers légaux ne sont pas dans le besoin, Zoé Pauline Drion décide de léguer après sa mort l’ensemble de ses biens aux pauvres de Charleroi. Elle s’éteint le 7 novembre 1898 et est inhumée dans le cimetière de Charleroi-Nord.

L'hôpital civil inauguré en 1959, érigé par l'architecte Depelsenaire

Ses dernières volontés ne seront cependant pas entièrement respectées. L'Administration des hospices de Charleroi et le Bureau de Bienfaisance estiment chacun être l'héritier désigné de Zoé Drion, mais certains membres de sa famille réclament également leur part de l’héritage. Des 600.000 francs (une fortune à l'époque) destinés initialement aux pauvres de Charleroi, l’Administration des hospices est finalement autorisée à recueillir un legs de 300.000 francs, le Bureau de bienfaisance étant écarté, et les autres héritiers se partageant le reste de la fortune des Flament-Drion.

Si les fortifications ont fait place à de nouvelles artères, il faut attendre longtemps avant que ne se bâtisse cette partie de Charleroi, quelque peu écartée des dynamiques rues situées entre les Villes Haute et Basse. En 1895, un nouveau cimetière est inauguré à Charleroi-Nord afin d'accueillir les défunts d'une ville dont la population a plus que triplé en cinquante ans. L'ancien cimetière est désaffecté vers 1910. Il reste en l'état durant une période tampon, transformé en un "Parc du repos", période pendant laquelle les inhumations n'y sont plus pratiquées. Certaines sépultures de notables, comptant parmi les plus anciennes, sont déplacées vers le nouveau cimetière.

En 1905, le côté sud-ouest du boulevard est bordé par les nouveaux bâtiments de l'hôpital civil ; ils remplacent une structure plus ancienne située à la Ville-Basse. Erigé dans le triangle formé par les boulevards Joseph II – Janson – Drion, les plans sont de l’architecte Devreux. Il se compose de trois blocs successifs d’hospitalisation et de soins. Les bâtiments sont cependant bien vite critiqués, se révélant finalement peu pratiques, et surtout, trop exigus. Conscientes du problème, les autorités se penchent dès les années 40 sur la création d’un nouvel hôpital.

Le chantier de construction du nouvel hôpital civil débute en 1952, et est confié à Jacques Depelsenaire. Il faut de longues années avant que l'ensemble ne soit finalisé, le nouvel hôpital étant érigé sur le même site que l'ancien, qui continue de fonctionner. Les blocs sont mis hors service au fur-et-à-mesure que la construction du nouvel hôpital progresse. Le dernier bâtiment de l’ancien hôpital est abattu en 1969. La décoration de l’hôpital fait appel à des artistes connus comme Darville ou Tainmont. De nouvelles annexes seront érigées ultérieurement afin de répondre aux besoins.

En 2014, l'hôpital civil déménage vers son nouveau site de Marie Curie à Lodelinsart. L'hôpital du centre Charleroi comportait alors 535 lits. Désaffectées, les 10.800 m2 d’infrastructures sont condamnées à disparaître. La démolition de l'ancien hôpital se termine en 2017.

Les jardins du Village Japonais en 1911. Détail carte postale ancienne, Editeur inconnu

En 1911 se tient l'Exposition Internationale de Charleroi. Cette exposition présente le Pays de Charleroi sous différentes facettes de son savoir-faire et propose différentes attractions. Un Village japonais est notamment aménagé sur l'ancien cimetière devenu Parc du Repos et dans le vallon du Spiniat, non encore totalement nivelé. Le Village comporte un ruisseau, des ponts pittoresques, un théâtre, un musée, une maison de thé, des jardins fleuris, des pagodes, des lanternes,… Des artisans japonais sont présents sur le site, ainsi que 23 lutteurs, dont le champion du monde. L'Exposition terminée, les jardins ne sont pas destinés à être conservés. Le terrain est par la suite définitivement nivelé, à nouveau à l'aide de terres provenant de terrils. L'un des rares vestiges de cette Exposition est le pavillon électrique situé au coin des boulevards Drion et Joseph II.

Sur l'emplacement du Village Japonais est aménagé le premier terrain de football de Charleroi ; il est inauguré en 1923. Le nouveau Stade du Mambourg est inauguré en 1939 ; il change de nom en 1999 pour devenir le Stade du Pays de Charleroi. Il est agrandi et modernisé pour la tenue de plusieurs rencontres du championnat d'Europe de football en 2000. Les nouvelles tribunes ne disposent cependant pas des autorisations nécessaires... En 2013 débute le chantier d'abaissement des tribunes. Le Stade du Pays de Charleroi attend aujourd'hui un prochain réaménagement.

L'ancien Parc du Repos disparait totalement en 1925. Un hall des expositions est érigé sur son emplacement en 1931. Cette structure n'est cependant pas destinée à perdurer : l'emplacement est désigné pour accueillir la nouvelle Maternité Reine Astrid.

Le boulevard Zoé Drion dans les années 40. A gauche, la Maternité Reine Astrid et l'Institut Gailly, et à droite, l'Hôpital Civil

Commandée par l'Intercommunale des Œuvres Sociales (IOS) de la région de Charleroi, la Maternité Reine Astrid est érigée par les architectes Marcel Leborgne et Raymond Van Hove en 1936-37. La région possède alors un triste record en Belgique : celui de la mortalité infantile : près d'un enfant sur dix y meurt. Par améliorer les conditions de vie des enfants, l'IOS va planifier la construction de la Maternité Reine Astrid, et peu de temps après, de la Cité de l'Enfance.

La Maternité Reine Astrid est érigée en un peu moins de neuf mois au coin des boulevards Joseph II et Zoé Drion, à l'emplacement de l'ancien cimetière. Inaugurée le 9 mai 1937, elle est rapidement considérée comme l’un des établissements hospitaliers les plus performants de l’époque et contribue à baisser considérablement le taux de mortalité infantile de la région. Le jour même de l’inauguration y naît un enfant, qui prend le nom de Léopold. La Maternité devient le lieu de naissance de dizaines de milliers de carolorégiens. En 1948, une aile centrale est ajoutée en association avec Victor Bourgeois.

Dans les années 80, la Maternité est en perte de vitesse : les infrastructures deviennent vétustes, et le nombre de patients de cesse de chuter. Les investissements à réaliser sont juger trop importants, et il est préféré mettre un terme à ses activités. Les projets de réaffectation du bâtiment n'aboutiront pas. En 1988, malgré une forte mobilisation à travers toute la Belgique pour sauver ce bâtiment emblématique et caractéristique du modernisme, la Maternité est démolie. Elle est aujourd'hui remplacée en partie par le Stade, et par des barres d'immeubles.

L'Institut Médico-Chirurgical des Mutualités Socialistes (Institut Gailly)

Evoqué dès 1931, l'Institut Médico-Chirurgical des Mutualités Socialités (par la suite, Institut Gailly) avait pour but de fournir des soins égaux pour tous, gratuits, ou à un coût relativement faible. Né de la solidarité des travailleurs et des métallurgistes en particulier, les patients s'acquitaient d'une modeste assurance complémentaire, versée aux mutualités socialistes, et bénéficaient en contre-partie de la (presque) gratuité des soins en matière de consultations et d'hospitalisation. La « clinique des travailleurs », symbole social, va se construire en 1939-40 dans le bas du boulevard Zoé Drion, face aux installations de l'hôpital civil, sur l'ancien terrain de football du Racing Charleroi Sporting Club. Achevé à la veille de la Seconde guerre mondiale, le bâtiment devient le siège de la Orts Kommandantur durant la guerre. Connaissant un certain succès, l'Institut est agrandi a deux reprises, dans les années 1955-1965. Les années qui suivent s'annoncent par contre plus sombres. Le nombre d'affiliés à du mal à se maintenir, et les installations se font vieillissantes. Malgré des restrictions budgétaires et des tentatives de regroupement avec d'autres hôpitaux, l'Institut rencontre dans les années 80 et 90 de graves difficultés. En janvier 1995, l'Institut est mis en liquidation, mettant un terme définitif à ce projet social des années 30… Quelques années plus tard, un Espace Santé ouvre ses portes dans les anciens bâtiments de l'Institut. En 2014, la Polyclinique du Mambourg s'y installe à son tour, assurant la poursuite de certaines activités de l'hôpital civil dans le centre, suite à son déménagement à Lodelinsart.

L'ancien cimetière de Charleroi se rappelle de temps en temps à la mémoire des carolorégiens. Lors de la construction de la Maternité Reine Astrid, des cercueils furent découverts. Il n’est pas rare de retrouver encore aujourd’hui ossements ou sarcophages lors de creusement de fondations à cet emplacement. Encore en 2007, à deux reprises, une dizaine de cercueils sont mis à jour ; les ossements furent transférés dans l'ossuaire du cimetière du Houbois à Jumet.

Bien que creusée à la fin des années 80/début 90, la station de métro Janson n'ouvre ses portes que le 30 août 1996, sous le boulevard Drion ; elle est dédiée aux personnages des éditions Dupuis. Lors du percement du tunnel du métro, un vaste parking de 600 places est également aménagé sous le boulevard.

En 2017 disparaissent les installations de l'ancien hôpital civil. Le site devrait accueillir une zone mixte de logements, bureaux et commerces, et comprenant notamment une maison de repos et de soins, une résidence services et une crèche.



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