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Les "pavés de mémoire" de Charleroi


Le 23 juin 2012, deux premiers pavés de mémoire de Charleroi sont posés dans les rues de la ville. Charleroi rejoint alors un réseau de villes belges et européennes qui, par ce geste, perpétuent le souvenir des victimes du nazisme.

Premier pavé de mémoire de Charleroi, à la mémoire de Herszek ROJTMAN

A l'origine de cette initiative, le berlinois Gunter Demnig. L'idée lui vient en 1993, lors d'une cérémonie de commémoration de la déportation de Roms. A partir de 1995, Demnig commence à poser dans les rues de Cologne et de Berlin, sans autorisation, ses premiers pavés de mémoire, qui prennent le nom de Stolpersteine. Ces pavés de laiton rappellent les noms de personnes déportées dans des camps de concentration ou de la mort, parce qu’elles étaient Juives, Roms, handicapées, homosexuelles, membres de la Résistance, ou opposées au régime. Les pavés sont intégrés aux trottoirs, au-devant de leur dernier domicile avant leur déportation.

Le projet est remarqué, et en quelques années; plusieurs milliers de pavés sont posés en Allemagne ainsi que dans d’autres pays d’Europe, notamment en Autriche, en Hongrie, en Italie, et aux Pays-Bas.

Les premiers pavés sont posés en Belgique en 2009, à Bruxelles. D’autres villes suivent, et Charleroi voit ses premiers Stolpersteine posés en 2012, à l’initiative des familles des victimes. Ces deux premiers pavés honorent la mémoire de Herszek ROJTMAN, qui vivait au boulevard Paul Janson, et de Abraham KIBEL, à la rue Marie Danse. Né à Stoczek, en Pologne, le 22 mai 1907, Herszek Rojtman s’installe en Belgique, à Charleroi. Il sera déporté et décède à Auschwitz en juillet 1943. Le site Internet de Yad Vashem reprend quelques informations le concernant, notamment sa photographie.

Jusqu'à la fin du XIXième siècle, Charleroi ne compte que très peu, voire à certains moments aucune, personnes de confession juive. La communauté Juive de Charleroi se développe réellement au lendemain de la première guerre mondiale. De nombreuses familles quittent les pays d’Europe de l’Est en plein marasme économique, et rejoignent les pays de l’Europe de l’Ouest. En Belgique, quatre villes accueillent principalement la Communauté : Anvers, Bruxelles, Liège et Charleroi ; les bassins industriels wallons sont à la recherche de main d’œuvre et les régions liégeoise et carolorégienne voient arriver plusieurs centaines de familles. Les hommes s’engagent dans l’industrie lourde ou dans les charbonnages, mais quittent dès qu’ils le peuvent ces métiers pour ouvrir un commerce ou se tourner vers l'artisanat.

A Charleroi, un petit « quartier juif » se forme. Son épicentre est la rue Chavannes. De petits commerces ouvrent rue Neuve, de la Régence, au boulevard Bertrand,… On y trouve épiciers, restaurateurs, bouchers, coiffeurs, cordonniers,… La communauté croît, et le 14 mai 1928, un Arrêté Royal reconnaît l’existence de la Communauté Israélite de Charleroi.

Arrive cependant rapidement la crise économique des années 30, suivie par la montée des extrémismes. Hitler arrive au pouvoir en Allemagne en 1933 ; en 1936, en Belgique, 21 députés rexistes sont élus aux élections législatives. La seconde guerre mondiale ne tarde pas à éclater : le 10 mai 1940, la Belgique est envahie par l’Allemagne ; le pays capitule le 28 du même mois. S’en suivent des mesures contraignantes et des restrictions envers la communauté Juive. Le 29 août 1941, une ordonnance confine les juifs dans quatre villes : ils ne peuvent élire domicile qu’à Anvers, Bruxelles, Liège, et Charleroi. En septembre 1942, Charleroi est victime d’une rafle ; un convoi part pour la déportation… 38% des Juifs enregistrés à Charleroi sont déportés.

Pavés à Marcinelle (rue de l'Energie) en mémoire de Michel WISLITSKI et Frymeta GINSBERG

Au lendemain de la guerre, la Communauté est fortement affaiblie, et a du mal à se relever. De nouvelles familles rejoignent la région en demande de main d’œuvre, mais le dynamisme que la communauté connaissait avant-guerre ne renaîtra pas. Une petite communauté continue cependant à exister, et s’efforce de poursuivre ses activités. Une nouvelle synagogue est bâtie en 1961 à la rue Pige-au-Croly ; c’est la seule en province du Hainaut. Le bâtiment abrite le Musée de la Mémoire des Justes parmi les Nations. La Communauté participe également au GRAIR, le Groupe de Rencontres et d'Actions Inter Religieuses.

Le 23 octobre 2013, quatre nouveaux pavés sont posés dans les rues de la Ville-Haute: à la hauteur du 60 de la rue de la Régence, aux noms de Nuchem et Rosa BIALEK et d'Abraham KEUSCH ; à la rue Chavannes, 38 au nom de Feldon IZRAEL.

Le 29 octobre 2014, deux pavés sont posés rue de l'Energie à Marcinelle (n°64) en mémoire de Michel WISLITSKI et son épouse Frymeta GINSBERG.

Le 15 février 2015, un pavé est posé rue de la Régence (n°65) au nom de Josek MACHNOWSKI.

Le 10 février 2018, deux pavés sont posés en la mémoire d'Oscar et Eglantine PETIT à la rue de la Régence (n°37). Militants au sein du Front de l'Indépendance, les Petit furent déportés au camp de concentration d'Ellrich, puis au camp de concentration de Ravensbrück où ils périrent en mars 1945.

Le 9 octobre 2019, 11 pavés sont à nouveau posés : l'un au nom de Hersz DOBRZINSKI, et 10 autres en mémoire de membres de la Résistance :

  • Fernand Blampain travaillait aux ACEC, ce qui lui valut d’être déporté en Allemagne durant quelques mois de 1943 pour cause de travail obligatoire. De retour en Belgique, il ne donne pas suite à une nouvelle convocation. Il rejoint l’Armée belge des Partisans et distribue des journaux et des tracts clandestins. Il participe également à différents actes de sabotage ainsi qu’à des exécutions de traîtres. En mission, Fernand Blampain est arrêté le 22 juillet 1943 et est exécuté au Tir de Marcinelle le 16 février 1944 en tant qu’otage, en représailles de l’assassinat du Capitaine Schaffler.
  • Emile Daurel était membre du Groupe G, sous-officier du Maquis de Senzeilles. Arrêté par la Wehrmacht le 16 févier 1944, Emile Daurel est condamné à mort par pendaison, et exécuté le 25 février 1944.
  • Robert Delahaye était voiturier. Membre de l’Armée belge des Partisans, il participe à des actes de sabotages dans la région de Charleroi, et est arrêté lors d’une de ces actions le 28 décembre 1943, à Marchienne-au-Pont. Il fut notamment chargé d’abattre le carolorégien Joseph Pevenasse, membre de l'état-major de Rex, qui jouera un rôle actif dans la Tuerie de Courcelles en août 1944. Robert Delahaye est exécuté au Tir de Marcinelle le 16 février 1944 en représailles pour le meurtre du capitaine Schaffler.
  • Narcisse Evrard était agent de police. Résistant, il transporte des journaux clandestins et les transmets à des sous-distributeurs entre le 1er janvier 1941 et le 28 novembre 1942, date de son arrestation à Gilly. Dénoncé par le fiancé de sa fille adoptive, Narcisse Evrard est fusillé au champ de Tir de Marcinelle le 16 juillet 1943.
  • Louis Hannick était fourreur. Engagé dans la Résistance auprès des « Milices patriotiques » du Front de l’Indépendance, il est chargé de différents sabotages, ainsi que de récupérations de timbres, d’armes et de munitions pour les maquisards. Arrêté à Mons le 3 octobre 1943, Louis Hannick est fusillé au Tir de Marcinelle le 16 février 1944.
  • Maurice Linglart, installateur de chauffage central, est arrêté par la Gestapo à la gare du Charleroi-Sud le 2 février 1944. Il est alors en possession de 5 kilos d’explosifs et de 2 détonateurs. Maurice Linglart faisait partie du groupe des Insoumis, distribua des tracts politiques et renseigna le Front de l’Indépendance ; il fut également actif au sein du Mouvement National Belge. Incarcéré à Charleroi, il est exécuté en tant qu’otage au Tir de Marcinelle le 16 février 1944 en représailles pour le meurtre du capitaine Schaffler..
  • Achille Loscaux est né à Gilly le 25 août 1919. Commis des postes, il faisait partie du groupe de résistance « Armée Secrète ». Ayant participé à plusieurs actes de sabotage, Achille Loscaux est arrêté et est fusillé au Tir de Marcinelle le 22 mai 1944.
  • Félix Luckhaus était peintre en bâtiment et membre d’un mouvement de Résistance. Arrêté le 23 décembre 1943, il est exécuté au Tir de Marcinelle le 16 février 1944 en représailles pour le meurtre du capitaine Schaffler.
  • René Toussaint faisait partie des Partisans Armés : il distribue des journaux clandestins, participe à des actions de sabotage et à des exécutions de traîtres. Arrêté le le 28 décembre 1943, René Toussaint est emprisonné à Charleroi, et exécuté au Tir de Marcinelle le 16 février 1944, en représailles pour le meurtre du capitaine Schaffler.
  • Valentin Wathelet était garçon de restaurant. Il est arrêté à Mons le 1er octobre 1943 en possession d’une arme, prêt à commettre un attentat. Il faisait partie du groupement « DINGOT » affilié aux « Milices Patriotiques » et au Front de l’Indépendance. Valentin Wathelet est exécuté au Tir de Marcinelle le 16 février 1944, en représailles du meurtre du capitaine Schaffler.

Si la pose de ces pavés de mémoire dans les rues de la ville a pour but premier d’honorer la mémoire des victimes du nazisme, elle permet également de rappeler l’existence d’une communauté qui fut autrefois importante à Charleroi, et qui participa activement à la vie de la ville et à son développement.

Liste des pavés posés à Charleroi

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Date de pose
Adresse
En mémoire de
23 juin 2012 Boulevard Paul Janson, 6 – Charleroi Herszek ROJTMAN
23 juin 2012 Rue Marie Danse, 39 – Charleroi Abraham KIBEL
3 23 octobre 2013 Rue Chavannes, 38 – Charleroi Feldon IZRAEL
23 octobre 2013 Rue de la Régence, 60 – Charleroi Nuchem BIALEK
5 23 octobre 2013 Rue de la Régence, 60 – Charleroi Rosa BIALEK
6 23 octobre 2013 Rue de la Régence, 60 – Charleroi Abraham KEUSCH
29 octobre 2014 Rue de l'Energie, 64 – Marcinelle Michel WISLITSKI
8 29 octobre 2014 Rue de l'Energie, 64 – Marcinelle Frymeta GINSBERG
9 15 février 2015 Rue de la Régence, 65 – Charleroi Josek MACHNOWSKI
10 10 février 2018 Rue de la Régence, 37 – Charleroi Oscar PETIT
11 10 février 2018 Rue de la Régence, 37 – Charleroi Eglantine PETIT
12 9 octobre 2019 Rue Vital Françoisse, 53 – Marcinelle Fernand BLAMPAIN
13 9 octobre 2019 Rue de Couillet, 10 – Bouffioux Robert DELAHAYE
14 9 octobre 2019 Avenue de Philippeville, 8 – Marcinelle Felix LUCKHAUS
15 9 octobre 2019 Rue Chavannes, 42 – Charleroi Hersz DOBRZINSKI
16 9 octobre 2019 Boulevard Paul Janson, 34 – Charleroi Émile DAUREL
17 9 octobre 2019 Rue de la Cayauderie, 188 – Charleroi Valentin WATHELET
18 9 octobre 2019 Rue Narcisse Évrard, 52 – Gilly Narcisse ÉVRARD
19 9 octobre 2019 Chaussée de Bruxelles, 126 – Dampremy Achille LOSCAUX
20 9 octobre 2019 Rue Hector Denis, 72 – Dampremy Maurice LINGLART
21 9 octobre 2019 Rue Thiébaut, 21 – Monceau-sur-Sambre Louis HANNICK
22 9 octobre 2019 Rue du Préat, 15 – Roux René TOUSSAINT
 



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