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L'Eglise de l'Immaculée Conception (Jumet-Gohyssart)


Visible à des kilomètres à la ronde, l’Eglise de l’Immaculée Conception se dresse sur l’un des points les plus élevés de Jumet. De style néo-roman, elle fut érigée à la moitié du XIXième siècle et bénéficia du soutien financier de la famille Bivort, industriels locaux, et notamment de Clément Bivort, répondant à son souhait de moraliser la vie des travailleurs par la pratique religieuse.

Gohyssart, hameau de Jumet

Jusqu’à la révolution industrielle, la région de Charleroi était parsemée de villages et de quelques bourgs plus importants. La région va se métamorphoser au XIXième siècle avec le développement industriel. Là où il n’y avait jusqu’alors que des champs ou des zones boisées vont se développer de nouveaux quartiers, agencés autour d’infrastructures industrielles. Entre 1830 et 1900, la population de l’actuelle ville de Charleroi (15 communes) va passer de 30.000 à plus de 170.000 habitants.

Eglise de l'Immaculée Conception, carte postale ancienne, Edition Baudelet

Il y a trois siècles encore, des bois recouvraient en partie le quartier de Gohyssart à Jumet ; le bois de la Coupe s’y étendait sur des dizaines d’hectares. Gohyssart n’est alors qu’un modestes hameau excentré de Jumet, ne comptant que peu d’habitations, où quelques cayats – exploitations houillères de faible profondeur – sont déjà en activité.

A l’initiative de François-Louis Puissant, une voirie pavée – privée – (le « pavé Puissant ») relie depuis environ 1750 la houillère de Notre-Dame au Bois (située à proximité de l’actuelle Allée Verte) à la chaussée de Bruxelles afin de faciliter l’exportation de la houille.

Les techniques d’extraction minière se perfectionnant et les exploitations charbonnières se structurant, le besoin en personnel ne cesse de croître, attirant de nouveaux habitants venus des campagnes ou d’autres régions à la recherche d’un emploi. L’exploitation houillère va être le moteur du développement de Gohyssart ; plusieurs fosses et petits cayats se situent dans le quartier. Le cayat « Cense » se situe d’ailleurs à proximité immédiate de la future église, à l’emplacement de l’actuelle cour de la « Maison de Tous ».

Le développement du quartier va de pair avec la création de nouvelles infrastructures, et notamment d’édifices religieux afin de pallier à la petitesse des églises desservant les anciens centres villageois, parfois forts éloignés. A la moitié du XIXième siècle, Gohyssart ne dispose pas encore d’église, et ce, malgré l’importante population ouvrière qui y habite. Le quartier accueille également une communauté protestante, qui bénéficie déjà d’un Temple évangélique.

Projet de construction d’une nouvelle église

Eglise de l'Immaculée Conception, place du Ballon, carte postale ancienne, Pierre Hosdain

En 1856, le curé de l’église Saint-Sulpice de Jumet Chef-Lieu, Luc Pauvaux, propose et démontre la nécessite de la création d’un nouveau lieu de culte à Gohyssart. La population de Jumet avait augmenté de manière importante : d’un peu moins de 6.000 habitants en 1830, Jumet compte plus de 9.000 habitants en 1846, et dépasse les 20.000 habitants en 1871. L’église paroissiale du Chef-Lieu n’est pas à même d’accueillir l’ensemble des fidèles jumétois et est également géographiquement mal située par rapport aux hameaux qui connaissent une forte augmentation démographique, et notamment Gohyssart, situé à plus de deux kilomètres.

L’abbé Pauvaux fait dresser dès 1857 des plans par l’architecte tournaisien Justin Bruyenne et fait chiffrer les travaux, mais la Fabrique d’église ne peut accéder à la demande de l’abbé par manque de moyens financiers. Les plans sont revus, et finalement acceptés en 1859. L’architecte Bruyenne s’inspire du style roman de sa cathédrale de Tournai, le modifiant et l’actualisant en utilisant de nouveaux matériaux comme la brique. Bruyenne érige à cette époque plusieurs églises dans un style similaire à Dampremy, Seneffe, Templeuve, Hérinnes,… Gohyssart est cependant l’une des plus imposantes.

Les fonds destinés à la construction proviennent dans un premier temps de subsides demandés à l’Etat et à la Province, ainsi que de souscriptions volontaires. L’emplacement de futur édifice n’est cependant pas encore arrêté.

La famille Bivort va être partie prenante dans la construction du nouveau lieu de culte. Fervents catholiques, les Bivort disposent d’intérêts à Jumet : la famille possède la moitié des parts du charbonnage d'Amercœur, situé à Gohyssart, et Clément Bivort (1819-1875) en devient le directeur en 1860. Son frère, Henry-Joseph Bivort (1809-1880), est patron-verrier à la Coupe. Un troisième frère, Edouard Bivort, suit le chemin ecclésiastique, et va bientôt être appelé à rejoindre Gohyssart.

Eglise de l'Immaculée Conception - Rond-point du choeur

Clément Bivort soutient activement le projet de construction de l’église, répondant à son souhait de moraliser la vie des travailleurs par la pratique religieuse. Clément soutient et développe des œuvres religieuses dans la région, opposant « une propagande conservatrice et religieuse à la diffusion de l'Internationale et aux ravages du socialisme » (in « Le Bien Public »; 18-04-1870). La future église de Jumet-Gohyssart va devenir un véritable phare catholique au cœur d’un quartier ouvrier, qui, en 1868, dispose d’une section affiliée à l’Association Internationale des Travailleurs (« Les Libres Penseurs »). La construction d’une église monumentale va permettre de « moraliser » la population ouvrière et d’exercer une certaine pression et un contrôle social. A Couillet, à la même époque, une autre église monumentale est érigée par le patronat à destination de la population ouvrière : Saint-Basile.

En 1859, les époux Legrand-Dehoux se proposent de faire don d’un terrain afin d’y établir la nouvelle église de Gohyssart, à l’arrière de l’église actuelle, à proximité d’un chemin où circule le charroi transportant la houille de plusieurs fosses vers le « pavé Puissant ». Les conditions émises par les Legrand-Dehoux sont cependant fort contraignantes, et certaines d’entre-elles posent de véritables problèmes (terrain enclavé, sortie de l’église jouxtant une ligne de chemin de fer industriel,…).

L’année suivante, les Charbonnages d’Amercoeur et son directeur Clément Bivort offrent à la Fabrique un terrain à front de rue. Un second terrain, contigu, est apporté par la famille Dogneau-Tolbecq. La Fabrique disposant d’un terrain assez vaste peut écarter définitivement le don des Legrand-Dehoux. Quelques autres donations et échanges de terrain ont lieu les années suivantes entre les protagonistes principaux afin de dégager l’espace nécessaire à la construction de l’église et d’une place.

Si la première pierre de l’église est posée en juin 1863, il faut cependant attendre trois ans pour que l’édifice dont les briques sont cuites sur place soit accessible aux fidèles. Le gros œuvre est terminé en 1866, mais la tour s’arrête alors à la hauteur de la toiture de la nef : les fonds manquent pour poursuivre la construction. Clément Bivort et le curé Pauvaux s’engagent à réunir les fonds nécessaires au parachèvement de l’église.

Eglise de l’Immaculée Conception

Intérieur de l'église de l'Immaculée Conception au début du XXième siècle, carte postale ancienne, Edition Roger Loriaux

La création de la nouvelle paroisse a lieu quelques semaines avant que soit nommé le 16 juin 1866 l’abbé Edouard Bivort, alors curé de Joncret, premier curé de Gohyssart. Les prochaines années de la vie d’Edouard Bivort seront consacrées au parachèvement de l’église et à la mise en chantier de diverses infrastructures complémentaires afin de lancer la « rechristianisation » du quartier et de sa population (construction des écoles des Frères et des Sœurs, d’un couvent et de la cure notamment). Jusqu’à l’édification de la cure en 1880, le curé Bivort loge dans une habitation mise à sa disposition par les Charbonnages d’Amercoeur à la Cour Puissant, abritant les services administratifs de la société.

L'orgue est placé en 1869, en provenance de Selzate. 

En 1871, la tour est terminée. Flanquée de part et d’autre d’une chapelle, elle devient un point de repère dans la région : elle mesure 38 mètres de haut, la flèche octogonale 27 mètres, la croix 7 mètres, soit au total 72 mètres de hauteur, visible à des kilomètres à la ronde.

L’église terminée, d’autres structures viennent se greffer dans les environs immédiats du nouveau lieu de culte : école des Frères (1871), couvent des Sœurs de Notre-Dame (1876) et cure (1880). Une école primaire et gardienne est également ouverte à l’initiative du curé Bivort en 1876 dans l’actuelle rue Destrée et confiée aux Sœurs.

Le 1er mars 1874, cinq cloches fondues par Causard de Tellin sont montées dans la tour, offertes par le mécénat de la famille Bivort, et notamment des 3 frères Clément (directeur des Charbonnages d’Amercoeur), Henry-Joseph (maître de verreries à la Coupe, habite au Château de la Bruhaute) et Edouard (curé de Gohyssart). L’année suivante, une cloche plus petite, dite du Jubilé de la Rédemption, rejoint les autres.

Eglise de l'Immaculée Conception - Allée centrale

La consécration de la nouvelle église, dédiée à l’Immaculée Conception, a lieu le 16 octobre 1876, vingt ans après l’initiative de l’abbé Pauvaux. Monumentale, d’une superficie de plus de 1.000 m², elle peut accueillir 1.700 personnes. Elle mesure 57 mètres de long, sur 18 mètres de large à la hauteur des nefs, et 27 mètres au transept. L’église possède une allée centrale et deux allées latérales. Un triforium couvre presque tout le périmètre du bâtiment. Un déambulatoire mène autour du chœur, d'un bras de transept à l'autre. L’église est éclairée grâce à des lampes à pétrole. Sa présence et l’aménagement futur de la place lancent l’urbanisation du quartier.
En 1877, un grillage temporaire en bois entourant l’entrée de l’édifice est posé afin de protéger l’entrée et ses abords. Il est remplacé en 1879 par un grillage en fer forgé.

Edouard Bivort, premier curé de Gohyssart, s’éteint dans la cure le 7 juillet 1886, après 20 ans de service dans sa nouvelle paroisse.

En 1900, l’édifice a déjà mauvaise mine, et nécessite des restaurations. L’abbé Jules François va mener à bien ses rénovations et terminer l’ameublement et l’embellissement des lieux.

En 1902, l’électricité est installée.

En 1908, douze vitraux issus de l'atelier du vitrailliste gantois Gustave Ladon sont placés aux fenêtres du chœur, et des verrières en grisailles aux autres fenêtres.

Le chemin de croix provenant de l'atelier du sculpteur gantois Aloïs De Beule est placé en 1911, ainsi que quatre confessionnaux en chêne néo-romain, fabriqués en 1908 par Gabriel Evrard, de Roux. Deux ans plus tard, en 1913, le chauffage est installé.

Entre le 10 novembre et le 15 novembre 1943, les Allemands enlèvent les cloches afin de les fondre pour pouvoir fabriquer des armes avec le métal récupéré. Seule reste la petite cloche du Jubilé.

Eglise de l'Immaculée Conception - Le transept

Ebranlée par des dégâts miniers, l’église est fermée au culte de mars 1946 à juin 1947, et restaurée avec le concours du Charbonnage d’Amercoeur. Le 12 octobre 1947, l’église est ouverte à nouveau aux fidèles ; le nouvel autel est consacré, et les orgues reconstruites par le facteur Delmotte de Tournai, inaugurées. La présence de charbonnages à proximité de l’église reste à jamais marquée dans l'édifice : le dénivelé de la première marche donnant accès au chœur est dû à un mouvement de sol, témoignant de la présence de galeries minières.

Le 24 septembre 1950, cinq nouvelles cloches issues de la fonderie Slegers de Tellin sont placées dans la tour, identiques en poids aux cloches initiales : le bourdon, Marie-Sylvie, pèse 3.000 kilos. Les autres cloches pèsent respectivement 1.500, 1.000, 750, 450 et 250 kilos.

En 1980, une rafale de vent emporte une bonne partie de la toiture du clocher, s’éparpillant sur la place un jour de marché. Le manque de fonds laisse le clocher décoré d’échafaudages et de filets durant 10 ans : il faut attendre 1991 pour que la flèche soit restaurée.

L’intérieur de l’église est rénové dans les années 2000 : les murs, peints dans des tons rouges, sont repeints en blanc. L’extérieur de la tour est restauré en 2010.

Une petite représentation peinte sur bois de la Vierge est conservée dans l’église. Cette image de la Vierge Eleousa ou « de la tendresse » était conservée dans une potale située dans arbre près de la Cour Puissant. Vers 1930, un homme tombe malencontreusement dans un trou de fosse à proxmité de l'icône ; il supplie Notre-Dame de Grâce de le secourir. Dès 1740, l’icône est conservée dans la chapelle de Notre-Dame au Bois érigée à proximité de la potale, en remerciement de l'intervention de la Vierge. Cette image de Notre-Dame est aujourd’hui conservée dans l’église, à quelques centaines de mètres de la chapelle. Elle est la copie réduite de l’icône de style byzantin de Notre-Dame de Grâce, conservée dans la cathédrale de Cambrai et peinte, selon la légende, par Saint Luc lui-même.

 


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Eglise de l'Immaculée-Conception
Place du Ballon
6040 Charleroi (Jumet)

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