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de Charleroi
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L'Eglise Saint-Martin


Eglise Saint-Martin vers 1900. Carte postale ancienne, Editeur inconnu

La première mention de la paroisse Saint-Martin de Marcinelle remonte à 985, reprise dans le dénombrements des biens de l'Abbaye de Lobbes. La première église devait être une simple église en bois ou en pierre, de forme rectangulaire, toute simple. Les modestes églises de cette époque étaient peu résistantes, et dès les XIième et XIIième siècles, elles font place à de nouveaux lieux de culte, reconstruits à l'aide de matériaux plus résistants, dans un style roman.

Vers le XIIième siècle, la population du modeste village croît, et Saint-Martin est également reconstruite.

Une tour, massive, est érigée sur le terrain légèrement surélevé entre le XIième siècle et le XIIIième siècle1 en grès ferrugineux de Sambre. En temps de guerre, cette tour joue un rôle de donjon où la population avoisinante peut trouver refuge. Elle ne comportait pas initialement de porte donnant vers l'extérieur (celle existant aujourd'hui fut aménagée au début du XIXième ; la restauration de 1923 adjoint à cette entrée un plein cintre de caractère roman) et dispose d’étroites meurtrières. L'accès à l'étage s'effectue grâce à une échelle mobile qui peut être enlevée pour se retrancher. Les seules ouvertures vers l'extérieur sont les ouïes (dont deux disparaissent au XVième siècle lors de la surélévation des toitures) et les meurtrières.

La tour marcinelloise mesure 19 mètres de hauteur jusqu'à la corniche, et l'épaisseur des murs est d'environ 1,30 mètre2. La construction est simple, sans décoration. A chaque étage, la charpente soutient un plancher ; l'intérieur n'est pas voûté. La tour est alors dégagée sur trois côtés.

Entre 1484 et 1505, l'église est délabrée et doit être reconstruite, sous l'épiscopat du Prince-Evêque Jean de Hornes3. La tour est conservée et l'église est reconstruite en style gothique, sans grandeur inutile mais non sans charme, restant une église de campagne. A la nef romane, on substitue une nef de trois travées, deux nefs latérales marquées de pignons et un chœur à trois pans. De cette époque datent également un Christ en croix et les fonds baptismaux.

En 1717, les nefs latérales sont agrandies vers l'ouest afin de constituer la chapelle des fonts baptismaux et l'annexe servant d'entrée latérale. Le chronogramme « Deo oMnipotenti In IVnio ConstrVI feCIt » (1717) témoigne de ces travaux 4. La croisée du transept subit également des remaniements au XVIIIème siècle5. Des sacristies sont construites autour de l'abside, mais elles disparaissent en 1923 6. La statue du Christ au tombeau date de cette époque.

Eglise Saint-Martin

En 1874, l'architecte Auguste Cador transforme certains éléments et ajoute, notamment, des lucarnes à la tour 7.

Dès la fin du XIXième siècle, les autorités ecclésiastiques souhaitent voir ériger une nouvelle église, en remplacement de l'antique église. La Gazette de Charleroi du 17 février 1895 renseigne : « La question de l’érection d’une nouvelle église en remplacement du temple ancestral que nous possédons est entrée depuis quelques jours dans une nouvelle phase. Les plans du nouvel édifice seraient déjà dressés et l’on n’attendait plus que la bonne saison pour mettre la main à l’œuvre ». En 1908 8, la Commission Royale des Monuments ne s'oppose pas à la démolition de l'église Saint-Martin, ayant perdu son cachet suite aux restaurations et divers ajouts successifs. L'église est alors en mauvais état et est devenue trop exiguë pour la population qui s'est fortement accrue. Le Conseil de Fabrique décide en 1910 la construction d'une nouvelle église, mais l’empiétement futur du bâtiment sur l'ancien cimetière ralentit le projet.

En juillet 1913, Jules Destrée, marcinellois et marqué par la possible disparition de Saint-Martin, adresse au français Maurice Barrès sa « Prière pour une petite église wallonne ». De 1910 à 1914, l'écrivain Barrès mène campagne pour la défense des églises de France menacées de ruine. Celle de Marcinelle est alors dans un état lamentable : le clocher menace de s'écrouler, les toits sont percés, le pavement se soulève et se fend 9. La prière de Destrée sera exaucée, après guerre.

Au début de 1923, l'abbé Albert Harmignie, curé à Marcinelle et conscient de l'intérêt historique de l'église, organise une commission chargée de récolter les fonds pour rénover l'édifice. Le 20 juin 1923, la Commission Royale des Monuments fait savoir qu'elle reconnaît un intérêt artistique, archéologique et historique à l'église marcinelloise. L'église, dont la restauration dirigée par l'architecte tournaisien Alphonse Dufour débute, n'est plus menacée. Les remaniements effectués par Cador disparaissent. Une sacristie est construite contre le bas-côté nord, et les colonnes de la nef sont retaillées. 

Chapelle Sainte-Thérèse

Construite sous le terre-plein, au pied de l'escalier d'accès à l'Eglise Saint-Martin, la Chapelle consacrée à Sainte-Thérèse de Lisieux renferme un gisant de Sainte-Thérèse, en grès grand feu émaillé du sculpteur Oscar De Clerck. Cette chapelle fut aménagée en 1928 afin d'honorer la protectrice des écoles libres de Marcinelle selon les plans dressés par Joseph André et Henri Leborgne. Les murs, plafonds et pavements sont recouverts de céramiques réalisées par la maison Helman de Berchem-Sainte-Agathe. Lors de l'inauguration de la chapelle, les murs étaient dans un premier temps couverts d'étoffes. Ils ont été revêtus de faïences portant en relief des roses d'amour à l'occasion de la bénédiction de la chapelle en 1930.

Des travaux aux canalisations rue de l'Ange mettent à jour un fragment sculpté représentant une tête humaine qui formait très probablement un des angles de la cuve baptismale de l'église romane. En vue de sa conservation, ce fragment fut intégré à la maçonnerie extérieur du mur du bas-côté sud de l'église.

Le 28 septembre 1935, vers 15h15, un incendie se déclare dans les combles de Saint-Martin : le feu dévore toutes les toitures et les charpentes de bois ; la grande coupole du choeur, décorée de fresques représentant la vie de Saint Martin réalisées par le peintre Falcon en 1923, s'effondre. Appelés en renfort, les pompiers de Charleroi et la Centrale de Sauvetage de Marcinelle tentent de maîtriser l'incendie, pendant que des marcinellois s’attellent à sauver les objets sacrés, les oeuvres et le mobilier. Vers 16h, le feu ayant rongé tout le clocher, la flèche et le coq s'abattent sur le sol, entraînant avec eux les fils électriques 10.

« Le feu ayant pris une grande extension, il fallut empêcher les sauveteurs de continuer leur besogne. Bien que sept lances eussent été mises en batterie, les flammes atteignirent le clocher dont la partie supérieure s'effondra, à 4 heures, sur le réseau de fils électriques des tramways, dont le passage avait été interrompu » 11.

Eglise Saint-Martin

Vers 17h, les pompiers sont maîtres du feu. La destruction des toitures fait réapparaître le détail de la nef romane primitive12. La restauration du toit et les charpentes est confiée à Joseph André. Falcon redécore la coupole du choeur en 1936 en corrigeant certains détails et en utilisant d'autres tons 13.

Le 25 mai 1940, l'église est victime des bombardements. Une bombe explose au pied du mur de soutènement de l'ancien cimetière entourant l'église. Les vitraux sud sont démolis, les autres en grande partie lacérés. Le 23 septembre 1943, un train de munitions explose, brisant à nouveau plusieurs panneaux des vitraux du choeur 14

Du point de vue spirituel, la Ville-Basse de Charleroi dépendait jusqu'en 1809 de la paroisse de Marcinelle. Les caralorégiens de cette section de la ville étaient donc enterrés à Marcinelle. L'église conserve les dalles funéraires de plusieurs notables, notamment celle du maître de forges François-Joseph Puissant (décédé en 1712) et de Marie Françoise Delhalle (décédée en 1764).

L'église est classée depuis le 10 novembre 1941 en raison de sa valeur historique, archéologique et historique.

Extraits de la « Prière pour une petite église wallonne » de Jules Destrée, en 1913 :

« C'est pour une pauvre église de village que je vous écris. C'est pour quelques vieilles pierres que je vous importune. Mais j'ose croire que vous voudrez bien excuser mon audace puisque vous avez trouvé des accents éloquents pour sauver les églises de France. Celle dont je veux vous parler n'est sans doute point en France ; elle n'est pas non plus de ces merveilleux et touchants témoignages du génie de vos architectes romans ou gothiques ; pourtant, elle est presque en France, puisqu’elle est en Wallonie, en cette terre soeur où la langue et la génie de France sont aimés autant que chez vous. (...)

Charleroi est devenue presque une grande cité et Marcinelle, qui, avant 1830, comptait à peine 800 habitants, va tranquillement maintenant vers les 20 000. (...)

Aujourd'hui, elle est comme une très vieille grand'mère qui se tiendrait silencieuse au milieu d'une progéniture si nombreuse qu'elle hésite à la dénombrer et à lui faire bon accueil. (...)

C'est, en effet, l'une des rares églises de ce genre qui subsistent encore dans la région de Charleroi. Elles étaient nombreuses autrefois; successivement, elles ont été démolies et ont fait place à ces hideuses églises de briques, aigres et prétentieuses, par lesquelles s'avère si déplorablement l'absence d'inspiration des constructeurs religieux d'aujourd'hui. (...) »

 

NOTES :

(1) - Patrimoine monumental de Belgique, tome 20, p. 147

(2) - COMITE HISTORIQUE DU MILLENAIRE DE SAINT-MARTIN. Mémoire d'une paroisse : Saint-Martin à Marcinelle : 984-1984, p. 17

(3) - BULTOT, André. Histoire de Marcinelle (L'), p. 145

(4) - COMITE HISTORIQUE DU MILLENAIRE DE SAINT-MARTIN. Mémoire d'une paroisse : Saint-Martin à Marcinelle : 984-1984, p. 40

(5) - LEQUEUX, Jean-Marie. Répertoire photographique du mobilier des sanctuaires de Belgique : Province du Hainaut : Canton de Charleroi II, p. 21

(6) - BULTOT, André. Histoire de Marcinelle (L'),  p. 146

(7) - BIOUL, Anne-Catherine ; MAIRIAUX, Michel. Cador, J'adore : De Fontaine-L'Evêque à Charleroi, sur les traces d'un grand architecte régional du 19e siècle, p.37

(8) - COMITE HISTORIQUE DU MILLENAIRE DE SAINT-MARTIN. Mémoire d'une paroisse : Saint-Martin à Marcinelle : 984-1984, p. 19

(9) - COMITE HISTORIQUE DU MILLENAIRE DE SAINT-MARTIN. Mémoire d'une paroisse : Saint-Martin à Marcinelle : 984-1984, p. 40

(10) - Libre Belgique (La), 29/09/1935

(11) - Soir (Le), 30/09/1935

(12) - COMITE HISTORIQUE DU MILLENAIRE DE SAINT-MARTIN. Mémoire d'une paroisse : Saint-Martin à Marcinelle : 984-1984, p. 42

(13) - COMITE HISTORIQUE DU MILLENAIRE DE SAINT-MARTIN. Mémoire d'une paroisse : Saint-Martin à Marcinelle : 984-1984, p. 43

(14) - COMITE HISTORIQUE DU MILLENAIRE DE SAINT-MARTIN. Mémoire d'une paroisse : Saint-Martin à Marcinelle : 984-1984, p. 45


POUR Y ACCEDER

Eglise Saint-Martin
Rue de l'Ange
6001 Charleroi (Marcinelle)

Métro Tirou (+ 10 min à pied)

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