Histoire(s) & patrimoine
de Charleroi
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Totor et Tutur


Commune : Charleroi
Type : Statuaire
Localisation physique : Voirie
Année/période d'inauguration : 1882
Type de commémoration :Autre
Artiste(s)/auteur(s) : Antoine-Félix Bouré
Coordonnées : 50.4118131 N, 4.4485348 E

 

DESCRIPTION

Au début du XIXième siècle, le Palais de Justice de Charleroi se situait place de la Ville-Haute, plus ou moins à l'emplacement actuel de l'Hôtel de Ville. L'administration communale souhaitant se réinstaller sur la place, la Justice se devait de se trouver de nouveaux locaux. Un nouveau Palais est alors érigé Boulevard Central, qui allait devenir quelques années plus tard le Boulevard Audent.

L'architecte de ce nouveau Palais est Albert Ballu, fils de l'architecte de l'Hôtel de Ville de Paris, Théodore Ballu. Le bâtiment est construit entre 1877 et 1878. En 1879, il est décidé que deux sculptures de lions, emblèmes de la Justice, prendront place devant l'entrée du nouveau Palais, et ce, grâce à l'aide de la Province et de la Ville. Une condition est cependant fixée par le Ministère de l'Intérieur afin d'obtenir les subsides : ces lions devront être l'oeuvre du sculpteur ixellois Antoine-Félix Bouré.

Les deux lions, coulés par la Compagnie des Bronzes de Bruxelles, sont installés de part et d'autre de l'escalier menant à l'entrée du Palais en septembre 1882 : "Avant-hier on a procédé à la pose des énormes lions qui doivent garder l'entrée du Palais de Justice de Charleroi. Ces lions sont d'un beau caractère et font honneur à M. Félix Bouré qui leur a donné le jour ; ils pèsent chacun 1.700 kilog. Ce sont deux morceaux de sculpture qui rappellent par la grandeur et la simplicité majestueuse les plus belles époques de l'art antique. M. Bouré n'est pas nouveau venu dans la carrière : c'est à son habile ciseau qu'est dû le magnifique lion du barrage de la Gileppe (...)."1

Situés de part et d'autre de l'entrée, les deux lions, vite surnommés Totor et Tutur par la population veillent sur le Palais et sur le Boulevard. A l'origine de leur surnom, le journaliste Louis Bufquin des Essarts qui faisait souvent dialoguer les deux fauves sur les événements politiques, ou livrer leurs réflexions sur les potins locaux dans les colonnes du Journal de Charleroi. L'idée de donner ces noms aux deux lions de la justice carolorégienne proviendrait des noms des deux fils du concierge du Palais de Justice, Nestor et Arthur, communément surnommés au Palais, Totor et Tutur.

Les deux lions en fonte bronzée veillent encore aujourd'hui sur la Justice, mais à un nouvel emplacement. Fin des années 60, le Palais de Justice menace ruines, et de nouveaux bâtiments sont finalement érigés sur l'ancienne plaine des manoeuvres. Après de nombreux débats, les lions carolos dont le sort est à un moment incertain sont déménagés vers le boulevard Defontaine, un peu à l'écart du nouveau Palais.

Continuant à garder un oeil sur la Justice et veillant sur le Parc Depelsenaire, Totor et Tutur restent parmi les sculptures du centre ville les deux les plus connues de tous les carolorégiens. Les deux fauves conservent toujours aujourd'hui des traces d'éraflures de balles, tirées par les allemands en août 1914.

Quelques extraits du Journal de Charleroi :

Journal de Charleroi, 08 octobre 1897

TOTOR : - Crois-tu que c'est vrai, toi, qu'il y a encore cette année-ci 20 charbonnages en perte ?
TUTUR : - Oui, mais il y en a 45 en gain, qui s'empochent près de 9 millions de francs. S'il y avait collectivité des charbonnages, le bénéfice se répartirait sur tout le monde.

Journal de Charleroi, 09 octobre 1897

TOTOR : - La "Chronique" demande au "Peuple" s'il a un moyen pratique d'en arriver à ce que l'industrie restât toujours prospère. Est-ce que tu le connais, toi ?
TUTUR : - Sans doute. Ce qui cause les crises, c'est la concurrence anarchique que se font les industriels. Que l'industrie soit collectivisée, il n'y aura plus de concurrence ruineuse, plus de crises, abondance et prospérité pour tout le monde.

Journal de Charleroi, 10 octobre 1897

TOTOR : - Sais-tu pourquoi les ouvriers demandent qu'on empêche de travailler des heures supplémentaires ?
TUTUR : - Parce que c'est un truc des capitalistes, pour prouver que l'ouvrier peut travailler plus de 8 heures par jour, et pour ne pas augmenter les salaires, car tant qu'on trouve des "redoubleurs" il n'y a pas d'augmentation de la demande de bras.

Journal de Charleroi, 10 septembre 1911

TOTOR : - Pourquoi les femmes du peuple font-elles des manifestations bruyantes et violentes ?
TUTUR : - Parce qu'elles y sont obligées pour attirer l'attention. Quand on se borne à protester en paix, on ne vous écoute pas. On ne commence à prendre la chose au sérieux que quand le peuple descend dans la rue. A qui la faute ?

NOTES : 

(1) : Meuse (La), 28/09/1882 

INSCRIPTION(S)

Signatures de l'artiste et de la Compagnie des Bronzes

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Statues de Totor et Tutur
Boulevard Defontaine (Square Napoléon Bonaparte)
6000 Charleroi

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