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Du Cirque Bovyn au Palais des Beaux-Arts


A l’emplacement de la place du Manège se situait un ancien manège de cavalerie installé par l’armée hollandaise en 1819. Détruit en 1880, une vaste place est aménagée à son emplacement pour accueillir notamment le marché. Face à la place s’installe de manière régulière un cirque en planches. Dès 1900, un cirque s’y trouve de manière permanente. C’est à cet emplacement que se succèderont le Cirque Bovyn, le Théâtre des Variétés, et le Palais des Beaux-Arts.

Le « Cirque Bovyn »

Le Grand Cirque Bovyn, après 1904, et le boulevard Jacques Bertrand. Carte postale ancienne, Edition Belge

En 1902, un célèbre constructeur de cirques en planches, Auguste Bovyn, décide de se sédentariser, et fait bâtir sur les terrains remblayés à front de la place du Manège un cirque permanent en matériaux durables d’une capacité de 3.000 places, réparties en galeries.

Le lieu, qui ouvre ses portes le 5 avril 1902, est alors connu sous les noms de « Grand Cirque » ou encore de « Cirque Bovyn ». Bovyn fait également construire toute une série de maisons de commerce, lançant réellement l’urbanisation de cette partie de la ville, peu fréquentée et délaissée depuis la disparition des remparts. Les lieux sont déjà adaptés en 1904 : une entrée « monumentale » est érigée place du Manège. Les escaliers en bois permettant d’accéder aux étages sont remplacés par des escaliers en métal ; des bassins d’eau permettant de déverser sur la piste cent mille litres d’eau à l’occasion de la « pantomime nautique » sont installés. Les années passants, le cirque ne cesse de connaitre de nouvelles transformations pour embellir les lieux et améliorer le confort des spectateurs. 

L’établissement attire de nombreuses troupes de cirque itinérant et accueille à ses débuts acrobates, jongleurs et autres prestidigitateurs. Avec le temps, et les « arènes » transformables en salle de spectacle, le Cirque Bovyn se diversifie et d’autres représentations sont de plus en plus fréquemment proposées : des match de boxe (avec le lutteur namurois « Constant le Boucher »), des comédies, des opéras,… sont régulièrement à l’affiche, ainsi que des meetings politiques. Des opérettes font également leur apparition dans la programmation.

Edmond Verdan, directeur de cirque ambulant et qui fut notamment directeur d’un cirque parisien, reprend la direction durant la première guerre mondiale, poursuivant la programmation. 

Les « Variétés »

Le Théâtre des Variétés dans les années 1930. Carte postale ancienne, Edition Brasseur

Le « Cirque Bovyn » devient propriété du fleurusien et homme d’affaires Gustave Bernard fin 1918 / début 1919. Le lieu permet alors d’accueillir 4.500 personnes.

Les Variétés de Bernard deviennent rapidement une scène de renom où se produisent de vedettes de la chanson et de la variété. Des rassemblements politiques s’y tiennent également, voyant notamment Jules Destrée et Emile Vandervelde à la tribune. C’est également ici que Degrelle vient à quelques reprises tenir meeting ; il s’y oppose à Arthur Gailly le 22 mai 1936.

Le lieu est modernisé et transformé en 1928, sans lui enlever son architecture essentielle ; la façade gagne néanmoins en importance. Un cabaret-dancing exploité par le fils du propriétaire des Variétés s’installe sous le théâtre à cette époque. Les Variétés sont reconnues par tous comme la salle la plus prestigieuse du Charleroi de l’époque. Le théâtre disposait alors d’une salle de spectacles, d’une autre réservée aux réunions, et d’un dancing.

Gustave Bernard dirige l’établissement jusqu’à sa mort, en 1949. Les Variétés connaissent jusqu’au décès de son propriétaire de nombreuses heures de gloire et de vifs succès artistiques.

Le Palais des Beaux-Arts

Le Palais des Beaux-Arts, peu avant son inauguration

Au lendemain de la guerre, la ville de Charleroi reprend sa politique de grands travaux interrompue pendant le conflit. Les autorités souhaitent doter Charleroi d’infrastructures et édifices publics qui lui font cruellement défaut en tant que capitale régionale et grande ville du pays. L’avant-guerre a vu la construction d’un nouvel Hôtel de Ville, d’un bassin de natation, le début de travaux de comblement de la Sambre,… Les travaux reprennent après-guerre. L’une de ces nouvelles constructions doit permettre à toutes les formes artistiques de s’y développer et de s’y produire, devant un public nombreux, répondant aux besoins des auteurs et des artistes et comblant les besoins culturels et artistiques d’une région de 400.000 habitants.

Le 2 août 1948, le Conseil communal approuve l’avant-projet de construction des Palais des Beaux-Arts et des Expositions, portés tous les deux par l’architecte Joseph André, déjà auteur de nombreuses constructions importantes de la ville (Hôtel de Ville, Maison des Corporations, Coliséum,…)

Le « Théâtre des Variétés », devenu vétuste, est acheté par la ville et rasé pour permettre la construction du nouveau Palais des Beaux-Arts.

Le 18 mai 1953, le conseil communal vote le projet définitif de construction du PBA. La première pierre est posée le 19 août 1954.

Le Palais des Beaux-Arts de Charleroi est inauguré le 24 octobre 1957 en grandes pompes et en présence des ministres Léo Collard (Beaux-Arts) et Auguste Vermeylen (Intérieur), ainsi que de nombreuses personnalités politiques et artistiques de la région et du pays. La splendeur du bâtiment, de style moderne des années cinquante d’inspiration classique, et la qualité des matériaux utilisés sont salués à travers le pays.

Le Palais des Beaux-Arts - Le hall d'honneur - « Il Miracolo », bronze de Marino Marini, enchevêtrement confus des corps d’un homme et d’un cheval

Il a été fait appel pour la décoration artistique à : Pierre Paulus (Bruxelles), Alphonse Darville (Mont-sur-Marchienne), Charles De Coene (Ruysbroeck), Charles De Rouck (Marcinelle), Lucien Guyaux (Waterloo), René Harvent (Cuesmes), André Hupet (Ciply), Marino Marini (Milan), Jean Stalport (Montigny-le-Tilleul), Emile Tainmont (Montignies-sur-Sambre), Louis Van Lint (Saint-Josse), René Magritte (Bruxelles), Josselyn Ossip Zadkine (Paris), Georges Grard (Saint-Idesbald), Olivier Strebelle (Uccle), Pierre Caille (Bruxelles), Gustave Camus (Montignies-sur-Sambre), et Jean Ransy (Courcelles).

Son premier directeur général, Robert Rousseau, dirige le Palais jusqu’en 1960. La première saison lyrique 1957-1958 propose 9 opéras et 24 opérettes.

Très rapidement, le Palais des Beaux-Arts de Charleroi s’affirme sur le plan national et devient un lieu incontournable pour de nombreux artistes. Les spectacles qui se donnaient dans la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville se produisent désormais au PBA. 

La grande salle de 1.800 places (1.000 au parterre et 800 à l’étage) est calquée sur celle du Palais de Chaillot à Paris. Le plateau de scène mesure 20 mètres de largeur sur 28 de profondeur ; le gril qui en constitue le plafond technique se situe à 23 mètres de hauteur. Ces dimensions importantes en font l’une des scènes les plus vastes de Belgique. Une fosse d’orchestre complète le dispositif scénique. Conçue pour répondre aux critères essentiels des spectacles lyriques, la grande salle permet la représentation d’opéras, d’opérettes, de concerts, mais également de comédies, ainsi que de spectacles grandioses aux scènes compliquées.

Voulue polyvalente, la Salle des Congrès, plus intime, est située au-dessus du vestibule d’honneur. D’une capacité de 500 places assises, elle dispose d’un parquet de bois exotique du Congo et comporte une petite scène ; elle peut servir de salle de bals, de musique de chambre, de réception, de séances académiques,…. Au front de la scène s’étale une composition murale de 2,10 mètres de haut sur 14,40 mètres de large de René Magritte : « La Fée ignorante ». De nombreux éléments présents sur l’œuvre font référence à sa jeunesse dans la région de Charleroi, de 1900 à 1917.

Le Palais des Beaux-Arts - La grande salle

Le Palais comporte également deux salles d’exposition d’une superficie totale de 1.500 mètres carrés, ainsi qu’à son ouverture, un dancing : « La Réserve ».

Avec le temps, de nouveaux aménagements sont exécutés, tels que la construction d’un entrepôt pour les décors, la construction d’un grand studio de danse, l’aménagement de nouvelles loges d’artistes,…

En 1957, la Médiathèque de Charleroi ouvre ses portes dans le sous-sol du Palais des Beaux-Arts, deuxième plus ancienne médiathèque du pays. Après des déménagements au boulevard Tirou et à la rue de Brabant, la Médiathèque intègre la nouvelle aile du PBA en 2001.

Le corps de ballet du Palais dirigé par Hanna Voos soutient les nombreux spectacles lyriques, comptant jusqu’à 50 danseurs et danseuses. Via le Palais des Beaux-Arts, Charleroi devient la capitale de l’opérette : on y vient des quatre coins de la Belgique, et du nord de la France, par cars spéciaux, pour assister aux représentations. Le temps passant, la programmation évolue, s’adaptant à la demande du public.

Le Palais des Beaux-Arts organise également diverses rétrospectives dans ses salles d’exposition : Félicien Rops, Paul Klee, Géricault, Kandinsky, Jean-Michel Folon, Picasso, Miro, Dali, Egon Schiele,… 

Le Palais des Beaux-Arts - L'atrium

Au début des années 80, une fresque de 950 mètres carrés est réalisée par Phybra (Philippe Brasseur) et Christian Hocquet sur la façade côté gare des bus. L’ensemble représente quelques scènes de la vie culturelle, des personnages locaux, et des industries régionales. La fresque disparaît lorsqu’une seconde entrée est construite en 2001 par les architectes Lhoas, structure en trois volumes en verre et en métal. Cet atrium de 14 mètres de haut à la façade vitrée de 1.500 mètres carrés allège l’imposante architecture du Palais, gagnant en légèreté, transparence et accessibilité. La nouvelle aile abrite aujourd’hui la billetterie, la brasserie et la Médiathèque. Une sérigraphie d'Alec De Busschère présentant la configuration du nouvel ensemble s’affiche sur la façade : le plan général du PBA et de son extension y sont représentés, exposant les détails de la structure et dévoilant aux passants un ensemble qu’on ne pourrait appréhender autrement que de manière fragmentée.

En 2002, le spectacle « Tintin et le Temple du Soleil » se tient au PBA, aucune autre salle bruxelloise ou wallonne ne pouvant accueillir les nombreux et vastes décors. Présenté de mars à juin 2002, le spectacle draine 100.000 spectateurs en quelques semaines seulement.

En 2008, la Ville de Charleroi devient propriétaire d'un hangar de 1.000 m2 contigu au PBA et servant de parking, et le met à la disposition du Palais pour augmenter son offre théâtrale. Le Palais dispose désormais d’une salle supplémentaire de 600 places, « Le Hangar », espace dédié au théâtre contemporain.

Le PBA propose aujourd’hui annuellement près d’une centaine de manifestations différentes axée principalement sur des productions internationales de théâtre, de danse classique et contemporaine ou de cirque, attirant chaque année 140.000 spectateurs. Il accueille également de grands spectacles parisiens et les plus grandes vedettes internationales de variétés. Le PBA a également pour vocation la production et la diffusion d’œuvres lyriques, de l’opéra aux opérettes en passant par la comédie musicale et la musique classique. L’organisation du Focus flamand et du Festival Charleroi Bis- Arts témoignent de l’originalité de la programmation du PBA.

Charleroi/Danses

Hanna Voos

Guy Rassel, directeur du PBA entre 1960 et 2002, souhaitait dès le début de sa direction doter le Palais d’un organe de création artistique, tel un orchestre ou un théâtre dramatique, symbole de la politique artistique de Charleroi, et raison de nombreuses activités au sein du Palais. Très actif dans le foyer lyrique, Charleroi ne souhaitait cependant pas entrer en concurrence avec Liège qui se consacrait déjà aux opéras et opérettes, et qui rencontrait des problèmes de financement. L’existence d’une compagnie de ballet à Charleroi qui accompagnait les représentations lyriques pouvait devenir ce symbole culturel.

Hanna Voos (de son vrai nom Lucienne Jeanne Devos) dirige à cette époque le corps de Ballet du Palais des Beaux-Arts pour les opéras et les opérettes montées à Charleroi, et est également maître de ballet au Théâtre Royal de Mons. Elle ne cesse d’œuvrer à la création d’une troupe permanente : les deux compagnies se produisent occasionnellement ensemble, puis de manière plus régulière, comme « Ballet du Hainaut ». L’ensemble s’étoffe avec le temps et connaît un succès grandissant, en Belgique et à l’étranger. Après avoir assuré les intermèdes chorégraphiques d’œuvres lyriques, la compagnie se produit désormais seule.

Le 13 décembre 1966 sont constitués, par signature à Liège des représentants de Liège, Charleroi et Mons,  l’Opéra de Wallonie dont le siège est fixé à Liège, et le Ballet de Wallonie, installé officiellement à Charleroi. Le spectacle inaugural du Ballet dirigé par Hanna Voos se donne au Palais des Beaux-Arts, le 30 septembre 1966. 

Devenu Ballet Royal de Wallonie dix ans plus tard, la compagnie change de nom en 1991 et est rebaptisée Charleroi/Danses, marquant le tournant vers la danse contemporaine.


POUR Y ACCEDER

Palais des Beaux-Arts de Charleroi
Place du Manège
6000 Charleroi

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