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de Charleroi
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De la forteresse française à aujourd'hui


Si les traces de la forteresse de Charleroi sont aujourd'hui peu visibles, la ville reste néanmoins marquée par de nombreux éléments du passé. La configuration d'une place, le nom d'une rue, la présence d'une chapelle ou d'une église sont autant de témoins de la forteresse.

En partant de la copie du plan-relief de la forteresse en 1696 conservée à Charleroi, cette page renseigne la localisation du lieu sur le plan de 1693 gravé par Darville (exposé près du Quai10), et la situation actuelle dans la ville.

Plan relief de Charleroi en 1696 (copie 
du plan conservé à Lille)
Plan de Charleroi réalisé par Darville,
exposé près du Quai10
Situation actuelle
dans la ville

La Ville-Haute

Le 18 juillet 1666, un décret charge l’ingénieur Salomon Van Es de fortifier un poste sur la Sambre. Le village de Charnoy fut remarqué comme point stratégique dès 1660. Fin juillet 1666, les habitants du Charnoy assistent au tracé de la nouvelle forteresse sur leurs terres. Si le cœur du village est épargné, des maisons et des haies vont néanmoins devoir être abattues pour permettre la construction de l’ouvrage défensif. Le 3 septembre 1666, le gouverneur Castel-Rodrigo se rend à Charnoy pour poser officiellement la première pierre de la forteresse : Charleroi vient de naître. 

Une guerre éclate entre la France et l'Espagne en 1667 ; la forteresse de Charleroi n'est pas encore achevée. Abandonnée par les espagnols, Louis XIV devient maître de Charleroi et charge Vauban de relever la forteresse, et d’en améliorer les défenses. Le village de Charnoy disparaît alors, rasé pour permettre les agrandissements des fortifications.

La configuration de la Place Charles II révèle bien l'ancien passé militaire de Charleroi. Du centre de la place partent neuf rues, coupées par d'autres artères à seulement quelques dizaines de mètres du centre de la place, formant un hexagone. Le centre de la Ville-Haute conserve toujours aujourd'hui ce tracé.

La Caserne de Cavalerie

Le coeur de la forteresse héberge une caserne de cavalerie. Au XVIIIième, les magistrats de la ville occupent également déjà à certains moments les dépendances de la caserne de cavalerie. Les archives communales y sont déjà notamment entreposées.

La caserne devenue propriété de la ville, la première vraie « Maison de Ville » peut s’y installer en 1782. Le bâtiment permet d’abriter les services administratifs de Charleroi, mais également une halle aux blés, une boucherie et une prison ; elle disposait d’une cour intérieure et d’une galerie permettant aux marchands de s’y établir durant les franches foires. 

Au début du XIXième siècle, l'administration communale s'établit dans les anciens bâtiments du Couvent des Capucins, laissant l'ancienne caserne au tribunal. En 1880, un véritable Palais de Justice est inauguré le long de l'actuel boulevard Audent ; l'Hôtel de Ville regagne alors la Ville-Haute. Mais l'ancienne caserne n'est pas digne de la puissance économique de Charleroi et de la transformation de la ville. En 1928, le Conseil communal décide à l'unanimité d'offrir à Charleroi une nouvelle maison communale. L'ancienne caserne est abattue au début des années 30 pour faire place au joyau de l'art déco qu'est le nouvel Hôtel de Ville.

La Chapelle Royale

Sur l'ordre de Louis XIV, une chapelle est érigée au coeur de la forteresse dès  1667, en remplacement de l'église de Charnoy dédiée à Saint-Christophe, démolie lors de la construction des fortifications. La nouvelle chapelle est dédiée à Saint-Louis, ancêtre de Louis XIV. Il ne reste de cette chapelle qu'une pierre de fondation insérée dans le porche de l'église actuelle. 

En 1709, la construction d'une église plus grande est autorisée. Un choeur est ajouté à la nef en 1722. Le culte de Saint-Christophe revient alors dans la cité. En 1750, la nef est détruite afin d'être agrandie ; les travaux sont cependant ralentis et un temps interrompus. Ils reprennent en 1777. Les guerres et les changements de régime eurent en partie raison de l'église : l'édifice doit être restauré à plusieurs reprises, notamment après la Révolution française, période durant laquelle l'église est pillée et partiellement détruite. En 1863, la façade de style baroque est restaurée avec des pierres bleues d'Ecaussinnes, plus résistantes que les précédentes en matière calcaire. 

Si l'édifice d'origine a déjà subi de nombreuses modifications et restaurations, c'est cependant dans les années 1950 que l'église subit les plus profondes transformations : en 1956-57, l'église est totalement transformée d'un point de vue architectural. L'église prend alors les allures d'une basilique : un dôme de cuivre patiné culmine à 48 mètres de hauteur, et le sens d'orientation de l'église est modifié. L'église présente maintenant deux axes : un axe ancien, composé d'éléments de l'ancienne église de 1722, et un axe moderne érigé dans les années 1950.

La Porte de Bruxelles

Les espagnols ne prévoient qu'un seul accès à leur forteresse en 1666. La Porte de Bruxelles se situait dans l'actuelle rue Neuve, à la hauteur de la rue de la Chapelle. Cette porte était orientée vers le nord, en direction de la capitale des Pays-Bas espagnols : Bruxelles. En 1667, les français édifient une seconde porte d'accès à la Ville-Haute, orientée vers le sud : la Porte de France, ou Porte Royale, située à l'intersection des actuelles rues de France et du Beffroi. Les chemins qui y arrivaient permettaient de relier Paris en quelques jours.

Le Bastion d'Orléans

Initialement Bastion de Saint-Philippe, en hommage au roi Philippe IV d'Espagne, il devient par la suite Bastion d'Orléans, en hommage à cette famille de France, et notamment à Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV. La rue d'Orléans actuelle traverse l'emplacement de l'ancien bastion.

La Place Verte

En 1675, un pont est jeté sur la Sambre, afin de permettre aux troupes venant de France d’accéder plus facilement à la forteresse, le nombre de ponts permettant la traversée de la rivière étant alors relativement réduit. Louis XIV ordonne la fondation d’un quartier nouveau au pied de la forteresse de Charleroi afin de défendre ce nouveau pont. Une « nouvelle ville » est alors bâtie sur la rive droite de la rivière. Pour permettre sa construction, Vauban incorpore délibérément au territoire de Charleroi une vingtaine de bonniers appartenant à Marcinelle, neuf ans après la fondation de la Ville-Haute.

Ce nouveau quartier de Charleroi s’articule autour d’un élément central : la place de la Ville-Basse. Un ouvrage militaire se tient plus ou moins en son centre, défendant l’accès au pont. Longtemps, la place de la Ville-Basse ne fut qu’une simple prairie entourée de tilleuls ; cette caractéristique champêtre lui valut le nom de « Place Verte ». 

Le pont de Sambre

Les français jettent un pont sur la Sambre en 1675 ; jusqu’alors, il fallait se déplacer jusqu’à Marchienne, au pont, pour traverser la rivière. Afin de défendre le pont et pour peupler la forteresse, des nouveaux ouvrages défensifs sont érigés en terre liégeoise : la Ville-Basse vient de naître. Pendant longtemps, ce pont sera l’unique axe reliant les deux parties de la Ville. L’artère qui permet de le rejoindre va finir par naturellement prendre le nom de « rue du Pont de Sambre ». Le pont est élargi en 1716 ; en 1771, une niche y est érigée pour abriter une statue de Saint-Jean Népomucène, protecteur des dangers des eaux.

Lors du passage des révolutionnaires français, le pont subit de nombreux dommages ; la statue de Saint-Jean est jetée à la Sambre, et dérive jusque Montignies-sur-Sambre, où elle est récupérée par un particulier. Cette statue se trouve aujourd’hui dans les collections de la Société royale d'archéologie, d'histoire et de paléontologie de Charleroi.

Rétabli, le pont est consolidé après la campagne napoléonienne de 1815, et finalement reconstruit en 1826. Il finit par disparaître lors du comblement de la Sambre, commencés dans les années 30 et terminés au lendemain de la seconde guerre mondiale. Une rue témoigne toujours de ce lieu : la rue du Pont de Sambre.

L'Eglise du Couvent des Capucins

Les Capucins s'installent à la Ville-Basse et édifient un couvent en 1681 sur un terrain offert à la communauté religieuse par le roi d’Espagne Charles II. Une église y est adjointe vers 1688-89. L’ensemble est vendu comme bien national par les républicains en 1796. Les différents bâtiments retrouvent par la suite une nouvelle affectation. Trop exigüe pour accueillir les fidèles, l'Eglise des Capucins est démolie pour faire place à un nouvel édifice érigé par l’architecte Kuypers en 1829-1830 : l’église Saint-Antoine de Padoue. Les derniers vestiges du couvent disparaissent vers 1890 pour faire place au Passage de la Bourse.

L'escalier des rames

A la hauteur du café l'Impasse Temps, un escalier se dirige vers le haut de la ville. Cet escalier, également appelé Escalier des Rames, menait autrefois à un sentier qui se dirigeait vers le pied de la forteresse, où les tisserands mettaient sécher leurs laines sur des branchages. Il est aujourd'hui possible de l'emprunter sur quelques dizaines de mètres.

A l'arrière de certains bâtiments situés côté impair de la rue, il est possible d'apercevoir quelques pans de mur de l'ancienne forteresse, formant des jardins en terrasse.

La place de la Digue

Parmi les nombreux perfectionnements apportés par Vauban, un étang artificiel est créé dans un vallon situé au sud-ouest de la forteresse. Au point de jonction des ruisseaux de Lodelinsart et du Piéton, une digue est bâtie permettant de provoquer l'inondation de la vallée. Cet étang subsiste jusqu’aux environs de 1830, période à laquelle il est comblé. Une porte de la forteresse, la Porte de Dampremy, connue également sous le nom de Porte de Mons, se situait dans les environs immédiats de 1668 à 1748, dans le prolongement de la rue de Dampremy.

La place de la Digue ne naît que bien plus tard, au XIXième siècle, une fois la forteresse hollandaise disparue. Décidée en 1867, la démolition des remparts s'achève en 1871. Jusqu’à cette période, la rue de Dampremy débouchait sur un îlot triangulaire bâti dont l’une pointe était orientée vers la rue de Dampremy. 

La rue de Marcinelle

La rue de Marcinelle fut tracée lors de la fondation de la Ville-Basse, sur le territoire de Marcinelle, en 1675. Elle permet de rejoindre le village voisin de Marcinelle en terre liégeoise ; à la hauteur de l’actuelle rue Navez se situait la Porte de Marcinelle, l’une des portes d’accès de la forteresse.

L'Hôpital militaire

Louis XIV ordonne la création d'un hôpital militaire à Charleroi. L'hôpital est érigé vers 1670 le long de la Sambre, sur la rive gauche, plus au moins à la hauteur d'un moulin installé sur la rive droite de la Sambre. Au centre de l'hôpital se situe une chapelle. Avec le temps, l'hôpital ne répond plus aux besoins des troupes ; il est alors vendu à des particuliers, hormis la chapelle, conservée pour le culte et mise à la disposition des habitants. Réputée dans toute la région, on y venait pour prier le saint pour "faire marcher les enfants". Saint-Fiacre est le patron des jardiniers, mais est également un saint guérisseur.

En 1789, la République française met en vente la chapelle. Achetée par un particulier, il ne tarde pas à la faire démolir. Reconstruite  en 1818-1819, elle est cependant expropriée en 1897 pour faire place au bassin de natation. Un nouvel édifice est alors érigé pour remplacer l'ancien édifice ; il s'agit de la chapelle Saint-Fiacre actuelle, dernier témoin de l'hôpital militaire. 

Les bâtiments de l'hôpital retrouvent à travers le temps d'autres affectations. Au début du XXième siècle, ils servent d'asile de nuit. Ils finissent par disparaître lors de la construction du boulevard Tirou.

 


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