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Place de la Digue


Peu de temps après la fondation de la forteresse de Charleroi par les espagnols en 1666, la nouvelle citadelle, non encore achevée, est prise par les troupes françaises. Se rendant compte de la position stratégique du site, Louis XIV décide non seulement de poursuivre les travaux de construction de Charleroi pour en faire une forteresse française, mais décide également d’en renforcer la défense afin d’en faire une place imprenable. Le projet est confié à l’ingénieur Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban.

Une plaque rue des Tonneliers existe toujours, place de la Digue

Parmi les nombreux perfectionnements apportés par Vauban, un étang artificiel est créé dans un vallon situé au sud-ouest de la forteresse. Au point de jonction des ruisseaux de Lodelinsart et du Piéton, une digue est bâtie permettant de provoquer l'inondation de la vallée. Cet étang subsiste jusqu’aux environs de 1830, période à laquelle il est comblé. Une porte de la forteresse, la Porte de Dampremy, connue également sous le nom de Porte de Mons, se situait dans les environs immédiats de 1668 à 1748, dans le prolongement de la rue de Dampremy.

La place de la Digue ne naît que bien plus tard, au XIXième siècle, une fois la forteresse hollandaise disparue. Décidée en 1867, la démolition des remparts s'achève en 1871. Jusqu’à cette période, la rue de Dampremy débouchait sur un îlot triangulaire bâti dont l’une pointe était orientée vers la rue de Dampremy. Trois artères délimitaient cet îlot, occupant environ un tiers de l'espace actuel de la place :

  • Au nord se trouvait la rue de l’Hôpital, ou encore rue des Vieux-Fours jusqu’en 1860. L’ancien hôpital civil se trouvait un peu plus au nord et longeait en partie l’artère, d’où son nom ;
  • A l’extrême ouest, la rue de la Digue, prolongation de l’actuelle rue du même nom sur un peu plus de quarante mètres vers le sud ;
  • Au sud, la rue des Tonneliers, qui remontait vers la rue de Dampremy.

Au XIXième, le quartier est loin d’être agréable. Les maisons y sont étroites et en fort mauvais état, beaucoup sont insalubres ; le lieu est le refuge de familles ouvrières pauvres qui tentent de survivre avec le peu dont elles disposent. L’atmosphère du quartier se résume en deux mots, qui finissent par le désigner : le « Sale debout ». Il est de coutume de ne s’y aventurer que par obligation ; c’est pourtant là, rue des Tonneliers, que les Protestants finissent par établir vers 1850 leur premier lieu de rassemblement. Il est vrai que partout ailleurs en ville les propriétaires refusaient catégoriquement et presque à chaque fois de voir se tenir des cérémonies protestantes dans l’une de leurs bâtisses.

Lorsque le démantèlement de la forteresse intervient, vers 1870, de grands espaces sont libérés et permettent la création d’une place face au prolongement de la rue de la Digue ; cette place, arborée, prend le nom de place de la Digue. Malgré la présence de la place, le quartier conserve sa mauvaise réputation. Dans les années 1930, Charleroi se lance dans une série de Grands Travaux, à l’initiative du bourgmestre Joseph Tirou, et ce afin de métamorphoser la ville et en faire le centre économique de l’agglomération. Pour des questions de salubrité urbaine, la disparition du « Sale Debout » est décidée dans le cadre de ces rénovations. Les maisons de l’îlot formé par les rues de l’Hôpital, de la Digue et des Tonneliers sont rasées, et l’espace récupéré, ainsi que les trois artères, intégrés à la place de la Digue existante. La place de la Digue consiste désormais en une vaste place de plus de cinquante ares, effectuant la jonction entre les rues du Grand Central et de Dampremy.

Les travaux de restauration de la place de la Digue

Métamorphosé, le quartier connait un certain succès. Il accueille un marché dominical aux chevaux, porcs, chèvres et moutons, ainsi qu’un marché matinal pour maraîchers et ce, trois fois par semaine. Rencontrant un vif succès, le marché matinal ne tarde pas à déborder dans les nombreuses rues du quartier, mais les nuisances nocturnes qu’il apporte provoquent son déplacement vers Marcinelle en 1961. La tenue régulière de marchés en fait à cette époque une place de cafés. Privé de ses marchés, le quartier de la Digue périclite avec le temps ; la forte diminution de fréquentation de la gare de Charleroi-Ouest vient également dégrader la situation. Les années passant, la place se transforme en un vaste parking sans âme. De nombreux projets de restauration et revitalisation sont annoncés année après année, mais restent à l'état de projet.

Fin février 2011, la restauration de la place débute enfin. Le projet est mené dans le cadre de « Phénix », série de grands travaux menés à Charleroi et subsidiés grâce à des fonds européens. Prévus pour durer un peu plus de un an à l’origine, les travaux durent finalement près de 40 mois, conséquence de la découverte sur le site de pollutions anciennes, mais également de vestiges historiques remontant à la forteresse de Vauban.

La place de la Digue le jour de son inauguration

Lors des travaux d’excavation pour la création du parking souterrain, d’anciennes caves des maisons du quartier du Sale-Debout sont mises à jour en mars 2011. En juillet de la même année, des traces des fortifications et des contreforts sont découverts, de part et d’autre de la place, aux extrémités nord et sud. Des éléments de l'ancienne Porte de Dampremy sont également mis à jour, ainsi qu'un boulet équipé de plusieurs anses, sans doute un contrepoids utilisé pour l’ouverture de la Porte. En septembre, nouvelle découverte : un tronçon de mur et cinq arches apparaissent à leur tour ; ces éléments soutenaient un pont reliant la Porte de Dampremy et une demi-lune, enjambant un fossé noyé. Un autre mur, partie intégrante de la contrescarpe, est encore découvert par la suite. Toutes ces découvertes remettent à l’avant plan le passé militaire de Charleroi ; malheureusement, ces éléments ne peuvent être conservés, et sont voués à disparaître, à nouveau…

Le 3 mai 2014, après de longs mois de travaux, la nouvelle place de la Digue est inaugurée. Désormais entièrement piétonne, son sous-sol accueille un parking de 273 places sur deux niveaux. La place retrouve dès le 13 mai ses marchés, en provenance de la place Albert Ier. Dorénavant, les marchés de la Ville-Basse des mardi, jeudi et samedi se tiennent place de la Digue. Initialement une halle maraîchère, structure en métal recouverte d'une toiture en verre, devait être installée dans le bas de la place ; elle n’est finalement malheureusement pas érigée, privant les lieux d’un certain cachet et d'une identité propre. La restauration de la place de la Digue demeure néanmoins une belle réussite, transformant le lieu, désormais amené à accueillir différentes manifestations.



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