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1815 à Charleroi : les dernières victoires de Napoléon

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Orientation bibliographique sur ce sujet

Quand le coeur de Charleroi battait pour Napoléon / Franck, Charles. Montigny-le-Tilleul : Edition Scaillet, 2000. 299 p.
Charleroi : Cité militaire / Baleriaux, André. Charleroi : Cercle Royal des Officiers de Réserve de Charleroi, [s.d.]. 55 p.
Charleroi 1815 : Chroniques napoléoniennes / Delloye, Serge. Ligny : Cercle historique A.B.N., 1992. 45 p.

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Charleroi à l’aube de 1815

Le 28 floréal an XII (18 mai 1804), Bonaparte est proclamé « Empereur des Français » sous le nom de Napoléon Ier ; il est sacré Empereur le 2 décembre suivant. Charleroi fait alors partie de l’Empire.

La Sambre à Charleroi (I. Hoolans ; détail carte postale ancienne édition G.Houdez)

L’Empire français accorde à Charleroi une importance particulière ; Charleroi est devenu sous-préfecture, chef-lieu d’arrondissement et de canton, ainsi que siège d’un tribunal de première instance. Des bureaux de contributions directes, d’octrois et de conservation des hypothèques s’installent en ville. Charleroi voit arriver sur son territoire avocats, fonctionnaires, commerçants, artisans et industriels ; une imprimerie ouvre vers 1810 rue Neuve, témoin de l’importance administrative que la ville est en train de prendre ; il fallait alors se rendre notamment à Nivelles si des imprimés devaient être réalisés. Charleroi reste cependant une ville modeste, comptant moins de 5.000 habitants ; sa population passe de 3.900 habitants en 1803 à 4.500 en 1809. La ville est principalement habitée par une population libérale. En juin 1815, Théodore-Joseph Pruniau est le maire de Charleroi.

La ville est en partie débarrassée de ses fortifications ; en 1782, la mise en vente de terrains jusqu’alors occupés par les fortifications ainsi que d’un grand nombre de bâtiments militaires avait été décidée par l’Empereur Joseph II. Le 24 septembre 1803, Napoléon confirme la suppression de la forteresse de Charleroi ainsi que d’autres places fortes du sud des Pays-Bas pour en conserver d’autres, faisant face à l’Angleterre. Le plus gros des fortifications en 1815 n’existe plus; subsistent quelques bastions reliés entre eux par des glacis. Les matériaux récupérés lors du démantèlement et les terrains libérés des ouvrages défensifs ont été mis en vente.

Charleroi, vers 1800 (basé sur la carte Ferraris)

Le centre de Charleroi se compose de trois quartiers, reliés par des voies de communication qui peuvent se révéler peu praticables. A l’extrême sud, sur la rive droite de la Sambre, se situe la Ville-Basse ; elle s’étend de la Sambre (actuel boulevard Tirou) jusqu’aux anciens remparts sud (rue Léopold). Elle s’étend d’ouest en est de la porte de Marchienne à celle de Marcinelle, situées aux extrémités des rues homonymes.  Une digue surplombant les zones inondées relie Charleroi à Marcinelle ; c’est le seul chemin qui relie les deux localités. 

Sur la rive gauche de la Sambre, l’Entre-Ville correspond au territoire situé entre la rivière et la Ville-Haute. Elle s’étend de la Porte de Dampremy à celle de Montigny.

La Ville-Haute correspondant plus ou moins à la place Charles II actuelle et aux rues avoisinantes. La Porte de Bruxelles, située au nord, permet de quitter l’ancienne forteresse et de se diriger vers l’arrière-pays en empruntant un chemin qui se divise en deux, et menant d’un côté à Bruxelles via Dampremy-Jumet-Gosselies, et de l’autre, à Fleurus via Gilly. Près de la bifurcation se situe une auberge d’où l’on domine la vallée de Dampremy : « La Belle-Vue ». Elle devait se situer dans le quartier de l’Université du Travail / boulevards Solvay et Janson.

Pour relier la Ville-Basse à la Ville-Haute, un pont en pierres munis de parapets en bois de 8 mètres de large sur 38 de long permet de franchir la Sambre, dans le prolongement de l’actuelle rue du Pont de Sambre ; c’est le seul ouvrage qui permet alors de traverser la rivière à Charleroi. Une artère pavée, la « Rampe des Deux Villes » permet de relier l’Entre-Ville à la Ville-Haute, mais le tracé de cette rue ne correspond pas au tracé de l’actuelle rue de la Montagne. La voirie d’alors comportait plusieurs angles importants successifs gravissant vers la Ville-Haute, et aboutissait plus ou moins à la moitié de la rue de France actuelle. A l’ouest et à l’est de la ville subsistent des étangs, ainsi qu’une zone inondée au sud. Au nord-est se situe le « Pré Manchet », actuellement « Parc Jacques Depelsenaire ».

Plaque apposée à l'emplacement de l'ancien château Puissant, rue Léopold

Plusieurs voies de communications convergent vers Charleroi, leur nombre étant inférieur à celui d’aujourd’hui. La grande majorité de ces chemins sont en terre, usés par un charroi lourd et rendus impraticables par temps de pluie ou de sécheresse. Certaines voies montrant un intérêt économique ou stratégique sont pavées, mais leur nombre est fortement réduit.

L'architecture militaire a marqué l'image de Charleroi ; la ville ne compte pas vraiment de bâtiments prestigieux. Une belle demeure se distingue cependant à la Ville-Basse. Vers 1810, le maître de forges Ferdinand Puissant fait ériger contre les fossés sud de l’ancienne forteresse une élégante demeure à un étage, dans le style Empire, entourée d’un parc. La famille Puissant délaisse son ancienne demeure familiale de l’actuelle rue Puissant d'Agimont (disparue à jamais lors des travaux du centre commercial Rive Gauche) pour la nouvelle demeure, rapidement surnommée le « Château Puissant ». Ferdinand Puissant y accueille en 1814 le Prince d'Orange, futur Guillaume Ier des Pays-Bas. Le « Château Puissant » a aujourd'hui également disparu, devenu le siège carolorégien de la Banque Nationale, et en 2015, le Quai10.

16 décembre 1814 – Traité de Vienne

En 1812, l’Empire français est à son apogée ; il compte 130 départements et plus de 44 millions de sujets. Napoléon poursuit ses campagnes et entreprend de conquérir la Russie de l’empereur Alexandre Ier. Celle dernière campagne s’achève cependant par une retraite désastreuse des français.

Des puissances, un temps alliées, deviennent adversaires de la France : le Royaume-Uni, l'Empire russe, le Royaume de Prusse et l’Empire d'Autriche forment une alliance et envahissent la France. Des cosaques entrent dans Charleroi le 29 janvier 1814 ; la capitale, Paris, tombe le 31 mars suivant.

Déchu par le Sénat, Napoléon est contraint d’abdiquer à Fontainebleau le 6 avril 1814 ; il prend le chemin de l’exil, sur l’île d’Elbe.

La Belgique est annexée à la Hollande pour constituer les Pays-Bas. Le 12 mars 1815, le prince d'Orange-Nassau en devient le roi, sous le nom de Guillaume Ier. Une garnison hollandaise revient à Charleroi.

20 mars 1815 – Reprise du pouvoir de Napoléon

Réquisition du maire Preux de Gosselies : « Le Sieur Jean Leroy dit Jean Deraux fournira pour deux heures du matin, demain, deux chevaux pour être attelés au chariot du Sieur Delwart pour aller à Temploux y chercher de la toile pour le bataillon cantonné sur le Bourg. Gosselies, le 6 mai 1815 à 11 heures du soir. Preux, maire »

Craignant notamment d’être exilé loin de l’Europe et ayant toujours de très nombreux partisans en France, Napoléon décide de reprendre le pouvoir ; il quitte l’île d’Elbe le 26 février 1815 et regagne le continent. Il entre dans Paris le 20 mars et entame directement la constitution de son gouvernement.

Le 4 avril, Napoléon propose une paix durable aux Alliés. Sa proposition est rejetée, débouchant inévitablement sur un conflit ; les Alliés positionnent leurs troupes le long des frontières françaises.
Début mai, les prussiens commencent à gagner la région de Charleroi et prennent position sur un axe s’étirant de Liège à Thuin. Charleroi devient fin mai le siège du quartier-général du lieutenant général prussien Von Zieten ; il s’installe au Château Puissant. Les troupes prussiennes n’hésitent pas à brutaliser les habitants ; la population vit sous les réquisitions et les menaces. Le maire Prunieau et ses adjoints Lambert et Rucloux tentent de soulager la misère des carolorégiens, mais souvent en vain.

Afin d’éviter le rassemblement des Alliés et l’envahissement de la France, Napoléon décide de partir affronter ses ennemis ; il quitte Paris le 12 juin, la Campagne de Belgique débute. Les troupes Russes et Autrichiennes tardent à rejoindre le nord de la frontière française. Napoléon est en marche vers la Belgique afin d’envahir par surprise le territoire et tenter d’affronter séparément Prussiens et Anglais. Le général anglais Wellington base son quartier général à Bruxelles, et le général prussien Blücher à Namur. Charleroi occupe une position centrale entre les deux villes.

15 juin 1815 – Napoléon entre dans Charleroi

Les premières colonnes militaires françaises arrivent à Beaumont le 13 juin au soir. Il pleut depuis plusieurs jours, les chemins en terre deviennent peu praticables.

Le 14 juin 1815, Napoléon Bonaparte arrive à Beaumont ; il souhaite remonter vers Charleroi et y franchir la Sambre pour affronter les prussiens. Trois colonnes s’apprêtent à marcher vers le nord pour passer la Sambre à Marchienne-au-Pont, Charleroi et Châtelet.

A Jamioulx, le 15 au matin, Napoléon donne ordre à ses soldats de passer la rivière. La progression vers Charleroi est émaillée de combats entre les troupes prussiennes positionnées au sud de la ville, et les avant-gardes françaises. Vers six heures du matin, les premiers coups de feu se font entendre du côté de Couillet, Mont-sur-Marchienne et Marcinelle.

Les prussiens battent en retraite, mais des coups de feu sont encore échangés lors de l’arrivée vers 11 heures du matin des français à Charleroi via la digue de Marcinelle. Le Pont de Sambre est barricadé, empêchant l’avancée des français ; l’ouvrage est attaqué, libérant l’accès vers la Ville-Haute. Les troupes ennemies se replient vers Gilly. Bonaparte n’est pas loin ; il a quitté Jamioulx et est en route vers Charleroi. A Marchienne-au-Pont, les prussiens livrent également des combats de retardement, mais quittent rapidement les lieux.


L’Empereur arrive à Marcinelle par la rue de Nalinnes et la rue des Haies. Il marque une halte dans le centre de Marcinelle. La maison communale est alors installée dans une vaste pièce au rez-de-chaussée d’un bâtiment de la rue des Haies. Bonaparte demande de quoi se désaltérer ; Mme Cordier lui sert une bière. L’Empereur consulte le maire Cordier sur la topographie des environs ; il ne s’attarde pas, et reprend la direction de Charleroi. Les blessés des derniers affrontements sont transportés rue de l’Ange pour y être soignés, dans la grange appartenant à la famille Cordier.


Napoléon emprunte le chemin reliant le centre de Marcinelle à Charleroi. Il entre dans la ville par la Porte de Marcinelle ; il est environ midi. A Charleroi, l'Empereur vit ses derniers rêves de reconquête de l'Empire... ; quelques victoires seront encore remportées dans la région, mais la défaite de Waterloo est proche…

Le Château Puissant à Charleroi Ville-Basse

Bonaparte remonte la rue de Marcinelle, traverse la Place Verte (place Albert Ier) et emprunte la rue de la Neuve-Eglise (rue Puissant d’Agimont). Il entre à cheval dans la cour du Château Puissant, situé à l’extrémité de la rue, où il est accueilli par Ferdinand Puissant. L’Empereur y établit son quartier général mais il ne s’y attarde cependant pas ; il reprend son chemin et franchit la Sambre. Le Château Puissant devient pour quelques heures « Palais Impérial ». Napoléon prend ensuite la direction de la Ville-Haute en empruntant la Rampe des Deux Villes.


Arrivé par l’actuelle rue de France sur la place de la Ville-Haute, Bonaparte emprunte la rue du Dauphin et débouche sur un petit espace non bâti dominant la vallée (actuelle place du Manège). Une forte pente borde le terrain, dominant la vallée vers l’ouest. Napoléon observe le paysage et les localités avoisinantes ; il questionne sur la position de Jumet, de Marchienne et Dampremy.


Après ses observations, Napoléon reprend la route et emprunte l’actuelle rue Neuve ; il quitte l’ancienne forteresse et emprunte le chemin qui mène à la bifurcation des routes vers Bruxelles et Fleurus. Un cabaret se situe à proximité, au pied des remparts en ruines : « La Belle-Vue », tenu par la famille Schmydt. Napoléon y marque un arrêt et regarde ses troupes défiler devant lui. Des nouvelles des avancées de ses troupes et des ennemis lui arrivent ;  les prussiens se situent à proximité, près de Jumet, Gosselies et Fleurus notamment. Ereinté, Napoléon s'endort brièvement, ce qui donnera au cabaret le surnom d’« Auberge de la somnolence ». Son repos est cependant de courte durée.

Une division prussienne est établie près de Gilly. Bonaparte souhaite prendre position près de Sombreffe ; il donne ordre de déloger les troupes ennemies situées à Gilly pour ouvrir la voie vers Fleurus et Sombreffe. Le gros des troupes prussiennes viennent de Namur ; les anglais, de Bruxelles.

Entre les deux villes, la chaussée Namur- Nivelles, croisée à Genappe par la route Charleroi-Sombreffe, au lieu-dit des Quatres-Bras. Napoléon souhaite y amener ses troupes. L’Empereur se rend à Gilly, mais ne s’y attarde pas.

Plaque commémorative au Général Letort

Napoléon retourne au Château Puissant où il prend une collation et accepte de rencontrer une délégation de notables de Charleroi. Inquiet de ne pas entendre le bruit des canons provenant de Gilly et de Soleilmont, l’Empereur prend la direction de Gilly.


A Gilly, le général Van Damme et le Maréchal Grouchy n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la technique d’attaque.

Napoléon rejoint le moulin Delhasse pour observer les environs ; il rejoint ensuite la chaussée de Fleurus. Il se rend compte de la mésentente entre Grouchy et Van Damme et donne l’ordre d’attaquer. Les prussiens reculent quelque peu.

Dans le fond du bois de Soleilmont une batterie prussienne résiste néanmoins ; Napoléon charge le Général Comte Louis-Michel Letort, son aide de camp, de déloger la batterie. Durant la charge, Letort reçoit une balle au bas-ventre. Gravement blessé, Letort est transporté chez Bonaventure Gilliaux, maire de Gilly. Après avoir reçu les premiers soins à Gilly de la part du Docteur Hanoteau, il est ramené à Charleroi, dans la maison du notaire Delbruyère, transformée en ambulance.


Napoléon a donné l’ordre à Ney de prendre position aux Quatres-Bras. Le maréchal et ses troupes remontent la chaussée de Bruxelles, lorsqu’un coup de feu est tiré par un prussien depuis le grenier de la verrerie Falleur ; le maréchal n'est pas touché mais la balle n'est pas passée loin. Cette verrerie se situait à proximité du dépôt TEC de Jumet, dans l'actuelle rue Martin Falleur. Sain et sauf, Ney remonte vers le Carrosse et ensuite Gosselies ; il prend ensuite la route vers Fleurus via Ransart et Heppignies.


Eglise Saint-Christophe à la fin du XIXième siècle (carte postale, édition E.V.)

A Charleroi notamment, des ambulances sont organisées : les églises de la ville ainsi que plusieurs autres bâtiments publics et privés sont aménagés pour l’accueil et le soin des blessés. L’église de la Ville-Haute et la maison du notaire Delbruyère située en bord de Sambre (Boulevard Tirou, n°88) font partie du dispositif.

Ce sont des milliers de soldats qui seront ainsi ramenés vers Charleroi pour tenter d’y être soignés. Des charrettes entières remplies de blessés déferlent vers Charleroi ; les morts sont ramassés sur les champs de bataille des environs. Les blessés sont triés ; certains se font admettre chez l’habitant, évitant les foyers d'infection. La maison Delbruyère accueille les blessés de la garde. Les autres combattants doivent se contenter de soins plus rudimentaires...


Fatigué, Napoléon rejoint le Château Puissant à Charleroi Ville-Basse pour y passer la nuit. Quartier-général de l’Empereur, des messages y arrivent pour donner des nouvelles du front jusque tard dans la nuit. Bonaparte est marqué par l’état de son aide camp, Letort.

Dans le « Bulletin de l’armée » que Napoléon rédige, il est renseigné à la date du 15 juin 1815 que « la joie des Belges ne saurait se décrire. Il y a des villages qui, à la vue de leurs libérateurs, ont formé des danses, et partout c’est un élan qui part du cœur ». Si certains sont heureux, toute la population n’exprime sans doute pas réellement un tel enthousiasme… ; les carolorégiens se retrouvent à nouveau aux portes des champs de bataille. Que ce soit de la part des français ou des alliés, les réquisitions ne cessent de se succéder pour répondre aux besoins des troupes.


16 juin 1815 – Départ de Charleroi

Le matin du 16 juin, Charleroi est occupée depuis moins de 24 heures par les troupes françaises.

L’Empereur est debout bien avant l’aube ; il fait savoir son besoin d’un guide connaissant le terrain pour l’accompagner. Habite rue la Neuve-Eglise un ancien soldat de l’Empereur, Germain Thévenier ; l’homme se met à disposition de Napoléon, et un autre guide lui est adjoint, le géomètre Simon, de Fleurus.

L'ancienne maison de la famille Delbruyère, où décéda le Général Letort

Bonaparte donne ses ordres : les armées anglaises et prussiennes sont bien distantes, il est possible de les affronter séparément, et de poursuivre ensuite vers Bruxelles.

Napoléon quitte le Château Puissant dans la matinée et prend la direction de Fleurus, où il arrive vers 11 heures. Ce seront les dernières victoires ; le 16 juin, les français gagnent à Ligny ; le 17, les troupes montent vers Bruxelles, et le 18, ce sera Waterloo...


Dans la maison du notaire Delbruyère, le général Letort, malgré les soins prodigués par le chirurgien Blondy, ne survit pas à ses blessures ; il décède le 16 juin. Ce bâtiment existe toujours aujourd’hui (boulevard Tirou, n°88). Une plaque commémorative apposée sur la façade rappelle l’histoire des lieux.


18 juin 1815 – Waterloo

La Campagne de Belgique va voir s’affronter 124.000 soldats français à 220.000 soldats coalisés. Sous les ordres de Blücher, les prussiens au nombre de 120.000 combattants ; 100.000 anglais, hollandais et allemands sont sous les ordres du Duc de Wellington.

Waterloo… les français sont vaincus ; les prussiens reçoivent l’ordre de se lancer à la poursuite des soldats de Napoléon ; les retardataires ne survivent pas… En fuite également, Napoléon rejoint les Quatre-Bras vers une heure du matin avec quelques officiers et une escorte.


Les routes sont encombrées par des voitures, des canons, des chariots retournés, des soldats en piteux état tentant de quitter les lieux le plus rapidement possible pour éviter d’être sabrés. A Genappe, c’est la pagaille. A Charleroi ce n’est guère mieux. A partir de 22 heures environ, les troupes descendent à la hâte la Rampe reliant les Villes Haute et Basse. La forte déclivité de l’artère complique les choses ; des chariots se retournent, des roues se cassent ; certains dévalent trop rapidement la Rampe des Deux Villes et n’arrivent plus à s’arrêter, écrasant des soldats en fuite. Le Pont de Sambre, seul ouvrage permettant de franchir la Sambre à Charleroi, est transformé en un véritable entonnoir ; la cohue est totale, des voitures sont bloquées, obstruant le passage. L’un des parapets en bois finit par se disloquer et s’effondrer ; des cavaliers se noient dans la Sambre. Des chariots tombent dans la rivière, formant une barricade permettant de relier l’autre rive.

Sacrifice de Napoléon Buonaparte. (18 Juin 1815) (Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie)

Napoléon repasse par Charleroi vers cinq heures du matin ; à Marchienne, où repasse Ney, la situation n’est pas mieux. La voiture de Napoléon doit être abandonnée dans les rues de Charleroi ; elle est bien vite visitée par quelques curieux qui s’approprient les richesses qui y étaient contenues.


19 juin 1815 – Fuite vers la France

Napoléon retraverse la Sambre à Charleroi. Il marque une halte dans une prairie près de la Porte de Marcinelle et se restaure avec un peu de bœuf froid et du pain. Escorté par des officiers, il prend en carriole la direction de Philippeville et ensuite Mariembourg et la France. Le 19 au soir, les premiers bataillons prussiens poursuivant les français arrivent à Charleroi ; une garnison reste sur place par la suite.

L’après Waterloo

Le 20 juin, Napoléon est à Paris ; il abdique pour la seconde fois le 22 juin et se livre aux anglais le 15 juillet 1815. Il meurt en exil à Sainte-Hélène le 5 mai 1821.

Durant les combats, des milliers d’hommes sont ramenés vers Charleroi pour y être soignés ; beaucoup ne survivent pas, et plus de 1.300 y sont enterrés en quelques jours seulement ; une ancienne fosse à charbon située à la Broucheterre aurait notamment servi de sépulture à 572 corps recouverts de chaux vive.

Afin de protéger la nouvelle frontière sud du Royaume des Pays-Bas d’une éventuelle remontée des armées françaises, l’Angleterre, la Hollande et la Prusse décident de relever des citadelles. Plusieurs villes, dont Charleroi, redeviennent forteresses.

Le Capitaine Hermanus Oortwijn dessine les plans de la forteresse de Charleroi ; le 3 septembre 1816, le Lieutenant Général Krayenhoff pose la première pierre de la nouvelle citadelle. Située à peu près à l’intersection des rues Isaac et Lebeau, l’une des portes de la forteresse prend le nom de « Porte de Waterloo ». La forteresse ne subira jamais aucun assaut militaire, et finira par être démantelée vers 1870.

Souvenirs du passage de Napoléon

Monument aux armées françaises, face à la Gare de Charleroi-Sud

Peu de traces du passage de Napoléon à Charleroi subsistent aujourd’hui. Son souvenir est cependant encore présent dans certains lieux :

  • Un plaque commémorant le séjour de Napoléon est apposée rue Léopold le 21 septembre 1951, sur la façade arrière de l'ancienne Banque Nationale (cette plaque n’est actuellement plus présente suite aux travaux du Quai10) ;
  • Une plaque commémorative est inaugurée le 16 juin 1973 par le Cercle Napoléon sur la façade du numéro 88 du boulevard Tirou : « Le Général Comte Letort, Aide de Camp de l’Empereur Napoléon Ier, est mort dans cette maison le 16 juin 1815 » ;
  • Sur l’esplanade de la Gare de Charleroi-Sud se trouve depuis 1997 un gigantesque tambour en acier de 600 kilos, en hommage aux armées françaises qui ont franchi la Sambre pour combattre pour la liberté. Les batailles de Ligny et de Waterloo y sont notamment associées ;
  • Charleroi est intégré depuis 2014 à la « Route Napoléon en Wallonie » ; la route, longue de 94 kilomètres, est balisée par 200 panneaux évoquant divers points : un lieu de bataille, une anecdote ou encore un lieu où Napoléon a séjourné.



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