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Les émeutes ouvrières de mars 1886

 

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Au début du 3ième quart du XIXième siècle, la classe ouvrière est particulièrement oppressée dans nos régions. Travaillant sans cadre social ou presque, et ayant vécu plusieurs hivers rigoureux, la classe ouvrière est touchée par une misère profonde, et est délaissée. Les verriers s'en sortent un peu mieux que les mineurs. Cependant, pour tous, le salaire reste bas, les horaires de travail sont pénibles, et les conditions de travail, médiocres.

L'ouvrier descend dans la mine, travaille aux champs, dans les usines et manufactures. Il creuse des veines de charbons, récolte et trait, coule l'acier liquide, souffle le verre plus de 10 heures par jour, parfois 12, six jours sur sept. Il gagne peu, ne bénéficie d'aucune couverture sociale, ne sait passer que quelques heures en famille par semaine. Son épouse travaille également, principalement dans les champs ou dans des usines. Elle exerce également des activités de lingère, repasseuse ou couturière. Certaines se rendent au marché matinal de Charleroi pour y vendre les maigres récoltes. Les enfants travaillent plusieurs heures par jour, aidant leurs parents, ou occupent certains postes nécessitant une petite taille dans les industries.

Fin janvier 1867, les mineurs de Charleroi-Nord entament une grève, la première de la région. D'autres mouvements de protestation ont lieu en 1868, 1872 et 1876 notamment. Certains ont des fins tragiques : plusieurs hommes tombent à Montignies-sur-Sambre lors de la tuerie de l'Epine (1868) ainsi qu'à Marchienne lors de l'incendie du Moulin (1867).

La condition ouvrière est misérable. Quelques riches patrons se soucient de leurs ouvriers, en leur octroyant certains avantages, améliorant quelque peu la condition de vie des ouvriers ; si ces avantages existent, ils restent cependant modestes. Les conditions économiques du début des années 1880 n'améliorent pas la situation. La technologie améliore les outils, se traduisant par des licenciements : plusieurs centaines d'ouvriers viennent grossir les rangs des chômeurs. En parallèle, les salaires ne cessent de diminuer. La classe ouvrière commence à se regrouper et à s'organiser. Quelques mouvements de grève naissent, réprimés dans le sang. Des associations de travailleurs voient le jour : c'est la naissance de l'Union verrière (1882) et plus tard, de l'Union des mineurs (1885). Le mouvement des Chevaliers du Travail s'implante à Charleroi en 1882, grâce à quelques verriers carolorégiens expatriés aux Etats-Unis, où ils avaient côtoyés ce mouvement, et revenus en Belgique. Le Parti Ouvrier Belge est fondé en 1884. La grogne est présente et se fait sentir, mais ce n'est rien comparé aux journées de mars 1886.

En 1886, la condition de la classe ouvrière est préoccupante. Charleroi est alors l'un des bassins industriels les plus prospères au monde; un quart de ses habitants sont des ouvriers. Mais d'autres zones industrielles en Belgique et en Europe commencent à concurrencer fortement Charleroi et sa région. Les industriels décident de moderniser leurs outils de production, notamment les verriers. Eugène Baudoux, maître verrier aux Hamendes, installe dès 1884 des fours à bassin dans sa verrerie. En 1885, elle devient grâce à cette innovation la plus moderne du monde dans le domaine du verre à vitres. Les modernisations augmentent considérablement la marge bénéficiaire des patrons ; de grandes restructurations sont entreprises, se soldant par de nombreuses pertes d'emploi.

Aux conditions économiques se greffent de nombreuses autres sources de mécontentement. Le tirage au sort des soldats par exemple, avec l'impossibilité pour un ouvrier de payer la somme nécessaire pour éviter son enrôlement. Les différences entre les classes sociales sont fortement marquées. La situation ne va pas tarder à s'embraser et à dégénérer, en Belgique, mais également en Europe et aux Etats-Unis.

Le 18 mars, plusieurs milliers d'ouvriers se rassemblent à Liège, Place Saint-Lambert, pour fêter le quinzième anniversaire de la Commune de Paris, période insurrectionnelle s'opposant au gouvernement français, qui dura deux mois et qui commença le 18 mars 1871. La manifestation liégeoise tourne en émeute lors de la traversée des quartiers bourgeois de la ville. Rapidement, les forces de l'ordre interviennent et y mettent un terme, dans le sang : on dénombre quelques morts et blessés.

Dès le lendemain cependant, le mouvement s'étend à toute la région liégeoise : des émeutes éclatent aux quatre coins du bassin : à Seraing, Flémalle et Jemeppe-sur-Meuse.

Le 25 mars 1886, les mineurs du charbonnage du Bois Communal de Fleurus sont en grève. Le patronat refuse une augmentation salariale. De Fleurus, les mineurs grévistes se dirigent vers d'autres charbonnages de la région de Charleroi : une partie du groupe se rend à Gilly, l'autre à Châtelineau. Rejoints par les mineurs de ces communes, les groupes se dirigent vers Châtelet, Montignies-sur-Sambre et Couillet. Sur le chemin, les émeutiers sont rejoints par d'autres ouvriers en colère. Les rangs grossissent, et des premiers heurts entre les forces de l'ordre et des ouvriers ont lieu.

Le 26 mars au matin, un peu moins d'un millier de mineurs se rassemblent aux Quatre-Bras de Gilly. Formant trois groupes, chacun se dirige vers des directions opposées. Ils vont à la rencontre des ouvriers des usines de la région. A chaque étape, les rangs des grévistes ne font que croître. Ce ne sont plus seulement les charbonnages qui sont en grève, mais également les verreries, les laminoirs, les aciéries et les fonderies. Il ne faudra qu'une demi-journée pour que l'entièreté du bassin de Charleroi ne soit en grève. Des colonnes d'ouvriers essayent de pénétrer dans le centre de Charleroi, par les quartiers situés au nord. Charleroi est une ville sur le qui-vive ; n'y circulent que des gendarmes, la garde civique, les chasseurs et artilleurs de Charleroi, ainsi que de nombreux renforts militaires venus de Tournai et d'Anvers.

Ne pouvant accéder au centre-ville, une barrière de policiers leur en barrant l'accès, les grévistes changent de direction. Relativement proches, les verreries Jonet sont mises à sac. Suivent les verreries Lambert, Fourcault et Frison. Ce seront au total des dizaines d'usines et propriétés d'industriels qui seront pillées, détruites, et pour certaines incendiées.

Le 26 après-midi, cinq mille ouvriers se rejoignent aux verreries Baudoux, à Jumet-Hamendes. Eugène Baudoux, riche verrier, est considéré par la foule comme étant l'une des responsables des licenciements. Ses nouveaux fours à bassin sont performants, nécessitant moins de main d'oeuvre. La foule détruit totalement l'usine, pille et boute le feu à la demeure d'Eugène Baudoux, voisine de la verrerie. De l'usine et du château, il ne reste plus rien.

Le soir, d'autres groupes de manifestants marchent sur Roux. Le feu est bouté aux bureaux des charbonnages du Martinet. L'incendie est heureusement maitrisé, permettant d'éviter une catastrophe : les bureaux se situent à proximité des locaux où sont stockés les explosifs. La foule continue en direction des Verreries et Glaceries du Hainaut : elles sont également mises à sac, et incendiées. Vers 22h30, des militaires arrivent sur place ; des tirs de sommation sont donnés. Ces coups sont suivis de vrais tirs ; on dénombre des victimes.

Le 26 mars au soir, le général Alfred Van der Smissen arrive à Charleroi. Il est chargé de rétablir rapidement le calme dans la région.

La nuit du 26 au 27 est marquée par la lueur des différents incendies, visibles à des kilomètres à la ronde. Le 27 mars, la région est en état de siège. Plus de vingt mille réservistes sont rappelés et envoyés vers le bassin de Charleroi. La révolte continue, mais les rangs des grévistes sont infiltrés par des pillards. Plusieurs groupes s'en prennent à des habitations bourgeoises, désertées par leurs occupants. Des édifices religieux sont saccagés, l'abbaye de Soleilmont est pillée. A Roux toujours, à la verrerie Bougard, des militaires commandés par le Capitaine Bulot tirent sur un groupe de manifestants provenant de Gohyssart : on dénombre une dizaine de morts et huit blessés, dont quatre graves qui perdront la vie. Les "fusillades de Roux" feront au total 19 victimes.

Le 29 mars, Roux est en état de siège. La commune a voté la veille une série de mesures afin d'éviter de nouveaux troubles. La cérémonie et l'inhumation des victimes se passe dans le recueillement, sous surveillance militaire.

Dès le lendemain, la grève se poursuit ; le mouvement commence cependant à décroître ; la vague de protestation a touché toute la Wallonie ; les ouvriers grévistes se sont comptés par milliers.

Après les émeutes commencent les procès. Le tribunal correctionnel de Charleroi, installé dans ses nouveaux locaux du boulevard Audent, enchaîne les jugements. Bien souvent, les peines sont plus que sévères et largement disproportionnées par rapport aux faits commis. Le vol d'un peu de nourriture ou d'une bouteille d'alcool est condamné par plusieurs semaines ou mois de prison. Plutôt que de comprendre les raisons du soulèvement des ouvriers, les autorités préfèrent écraser la révolte.

Devant les Assises de Mons, 18 inculpés sont jugés, devant un jury composé d'industriels, de bourgeois, de notables, de banquiers. Les deux syndicalistes à la tête de l'Union Verrière, Oscar Falleur et Xavier Schmidt, sont pointés du doigt par les autorités comme faisant partie des responsables des événements. Ils sont défendus par un jeune avocat carolorégien sensibilisé par la cause ouvrière, Jules Destrée. Falleur et Schmidt sont condamnés à vingt ans de travaux forcés. Devenus symboles de la lutte ouvrière, le soutien aux deux syndicalistes de la part des travailleurs sera permanent. Obligées de lâcher du lest, les autorités prennent une mesure d’amnistie en 1888 ; Falleur et Schmidt sont libérés, mais doivent quitter la Belgique. Ils prennent la direction des Etats-Unis. Oscar Falleur décède à Jeannette en Pennsylvanie en 1896 ; Xavier Schmidt finit par revenir dans la région de Charleroi, où il décède en 1901.

Les émeutes de 1886 furent marquées par des événements tragiques, mais elles auront un impact important. Plusieurs textes de loi sont publiés au cours des années qui suivent les événements, tentant d'améliorer la condition ouvrière. Ces textes portent sur le travail des femmes et des enfants; sur les salaires, et sur leur incessibilité et insaisissabilité; sur la sécurité et la santé des ouvriers; sur la création des conventions collectives,... Les premières lois sociales découlent directement que ces émeutes.

En 1907, un monument est érigé dans le cimetière de Roux en mémoire des victimes. A cette occasion, Jules Destrée prononce : « La classe ouvrière doit à ces gens de 1886 une reconnaissance profonde. Il a fallu la secousse de ces jours pour faire sortir nos gouvernements de leur béate torpeur, pour leur faire confesser et reconnaître le bien fondé des doléances populaires. Mais les martyrs de 1886 ont rendu à la classe ouvrière un service plus précieux encore. Ils l'ont secouée, elle aussi, réveillée de sa passivité et de son inertie. Ils l'ont fait réfléchir à sa détresse et à sa puissance ».

 

Cimetière de Roux
Rue Ferrer
6044 Charleroi (Roux)
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