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Monument au Traité de Couillet, aux Poilus français, et au civisme de la population


Commune : Couillet
Type : Plaque
Localisation physique : Voirie
Année/période d'inauguration : 1939
Type de commémoration :Guerre 1914-1918
Artiste(s)/auteur(s) : Marco Zolin
Coordonnées : 50.3854656 N, 4.4772787 E

 

DESCRIPTION

Le samedi 22 août 1914, les troupes allemandes pénètrent dans Charleroi. De violents combats se déroulent dans la région, mais les troupes françaises battent en retraite. Charleroi et sa région sont aux mains de l’armée allemande le dimanche matin. Les troupes de Guillaume II incendient plusieurs artères de la cité et des communes voisines ; des biens sont pillés, des nombreux civils pris comme otages.

Le bourgmestre de Charleroi Emile Devreux et l'avocat de la ville Albert Dulait rédigent à une lettre à destination de l’Etat-major pour tenter une rencontre. Rejoints par l’Echevin des Finances Emile Buisset et l’exportateur Louis Smeysters, maîtrisant l’allemand, la délégation prend la direction à 05h30 du matin de la demeure du directeur des usines Solvay, le Château de Parentville, où l'Etat-major allemand a installé son camp. Le fils de Dulait conduit le véhicule, arborant un drapeau blanc confectionné par l'épouse du bourgmestre.

A Parentville, ils rencontrent le général Max von Bahrfeldt. La rencontre débouche sur le silence des canons, moyennant des conditions strictes auxquelles Charleroi doit se soumettre. Von Bahrfeldt exige le paiement de 10 millions, payable en cinq versements, ainsi que de nombreuses réquisitions en nature. Ville au territoire exigu, Charleroi ne dispose pas de quoi pourvoir aux termes du Traité de Couillet : Emile Devreux devra s’arranger avec les localités voisines s’il souhaite préserver sa ville.

Le texte du Traité de Couillet est le suivant :

« A comparu le Bourgmestre de la ville de Charleroi, M. Devreux, devant le Commandant de la 19e division de Réserve (Res. Div.) qui fait les réquisitions suivantes :
La ville de Charleroi, a à fournir pour ce soir, 23 août, 6 heures de l’après-midi :
120 tonnes d’avoine ;
40 tonnes de pain ;
20 tonnes de conserves et viandes fumées ;
800 kilogrammes de café ;  
800 kilogrammes de sel ;   
100 kilogrammes de sucre ;   
3 tonnes de benzine ;
50 litres de glycérine.
Tous ces articles sont à fournir sur des voitures attelées et doivent être fournis pour 6 heures de l’après-midi, devant la mairie de Montigny-sur-Sambre.
Il y a à fournir :
5 automobiles ; toutes les armes et munitions qui se trouvent en possession des habitants, revolvers, poudres, etc., également sur la place de la Mairie de Montigny.
Enfin la ville a à fournir en cinq versements la somme de dix millions de francs, et le premier versement aujourd’hui 23 août à 6 heures, après-midi, sera de deux millions en espèces ou en valeur sûres ou en lettres de change. Les paiements suivants de même import avec intervalle de dix à vingt jours. La réception de la somme aura lieu dans la mairie de Charleroi jusqu’au paiement de toute la somme. Le Bourgmestre et deux respectables citoyens de la ville seront gardés comme otages.
Lu et signe :
von Bahrfeldt.
E. Devreux. »

Smeysters est retenu à Parentville, otage. La voiture de Dulait reprend la direction de Charleroi, emmenant la délégation communale et le lieutenant von Hanneken. Il ne reste que quelques heures pour rencontrer les conditions du Traité.

Les échevins Falony et Buisset ainsi que le bourgmestre Devreux s’évertuent à rassembler les réquisitions en nature dont la valeur avoisine les 200.000 francs. Au vu des réquisitions importantes demandées par rapport à la taille du bassin de Charleroi, de la situation de guerre et de la ville en partie ravagée, la totalité ne peut être trouvée et fournie à l’occupant.

Les directeurs des banques sont convoqués afin de réunir les premiers deux millions à verser le soir même. L’homme d’affaires Paul Dewandre apporte en une fois l’importante somme de 460.000 francs en titres de rente belge. Les 8.540.000 francs exigés pour paiement ultérieur consistent en des traites tirées par la Ville de Charleroi sur la Banque Nationale de Belgique, avalisées par les banques. Cette somme sera par la suite inclue dans la contribution de guerre que la Belgique doit verser à l’Allemagne.

A 18 heures, les autorités de Charleroi rencontrent à nouveau l’Etat-major. Bien que toutes les réquisitions en nature n’aient pu être rassemblées, von Bahrfeldt marque sa satisfaction. Libéré, Louis Smeysters regagne Charleroi vers 21 heures.

Charleroi n’est plus menacée par les canons, jusqu’alors toujours prêts à ouvrir le feu sur la ville. La signature du Traité de Couillet met fin aux atrocités perpétrées par les militaires allemands depuis leur arrivée dans la région. Les séquelles sont cependant profondes dans la population : les troupes du Kaiser ont pillé, brûlé et tué sur leur passage. Le bilan de ces journées d’août 1914 dans la région de Charleroi est de 250 civils tués et 1.350 maisons incendiées ; il faut y ajouter les nombreuses infrastructures et les bâtiments partiellement détruits, et les dizaines de blessés légers ou graves. Aucune commune n’est épargnée ; Monceau-sur-Sambre est particulièrement touchée avec ses 251 maisons incendiées et 66 civils tués.

Sous le patronage de l'Administration communale de Couillet et du Consul de France, un comité se donne comme tâche d'ériger sur les hauteurs des Fiestaux pour commémorer le Traité, le civisme de la population, et l'héroïsme du 119e Régiment d'Infanterie français qui était présent dans les environs en août 1914, et qui tenta de dérouter les allemands.

Le monument est inauguré le 20 août 19391. Il est constitué par une demi circonférence de pierre du pays et de marbre rose où sont encastrées des bronzes fondus par les Etablissements Cognioul de Marcinelle2. La partie centrale comporte deux plaques scellées, réalisées par Marco Zolin. La plaque du dessus représente la main de la von Bahrfeldt imposant la ratification du Traité par Emile Devreux ; celle du dessous, inspirée d'un tableau de 1870, un épisode de bataille. 

NOTES :

(1) - Gazette De Charleroi (La), 21/08/1939
(2) - Gazette De Charleroi (La), 21/08/1939

INSCRIPTION(S)

Plaque de gauche : Traité de Couillet - 23 août 1914. Ici, le 23 août 1914, fut imposé par l'envahisseur aux Autorités Civiles, le Traité de Couillet. Etaient présents: Pour l'Armée Allemande: Général von Bahrfeldt. Pour le Grand Charleroi: MM. Emile De-vreux, Bourgmestre, Emile Buisset, Echevin, Albert Dulait, Avocat de la Ville de Charleroi. Interprète-Otage: Mr Louis Smeysters.

Plaques centrales : Traité de Couillet. 23 août 1914. À la bravoure des soldats de France - Hommage de la population de Couillet.

Plaque de droite : Sont tombés en cet endroit en héros le 23 août 1914 [suivent les noms], soldats des 5è et 119è RI française.

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Monument au Traité de Couillet
Rue de Villers
6010 Charleroi (Couillet)

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