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Place Charles II


Le coeur de la forteresse. Extrait de la carte Plattegrond van Charleroi, 1709, Jacobus Harrewijn (toegeschreven aan), 1709, Rijksmuseum

Désignée comme Grand'Place, Place d'Armes, place du Centre ou encore place de la Ville-Haute, le nom de Charles II est donné à cette place le 7 décembre 1912, en mémoire du souverain espagnol dont la ville porte également le nom depuis sa fondation.

Le 18 juillet 1666, le Gouverneur des Pays-Bas espagnols Castel Rodrigo décide la fortification d'un poste sur la Sambre chargé de contrer les visées françaises sur les Pays-Bas espagnols, conformément aux plans dressés par Salomon Van Es. Le 3 septembre 1666 est posée la première pierre de la nouvelle forteresse qui prend le nom de Charleroi, à l'emplacement du petit village de Charnoy.

Les ouvrages militaires érigés par les espagnols ne sont initialement présents qu’à la Ville-Haute, dominant la vallée de la Sambre. Afin de faciliter la circulation et d’optimiser le déplacement des troupes, l’architecte Salomon Van Es donne à la forteresse un plan radioconcentrique : le centre de la citadelle est occupé par une place (actuelle place Charles II), d’où partent onze voies de communication menant aux différents bastions fortifiés et autres ouvrages militaires. Ce tracé primitif est aujourd’hui conservé dans la configuration du centre-ville, mais les rues ne sont plus qu'au nombre de neuf : les ruelles Saint-Jacques et Saint-Christophe, contiguës à l'église, ont disparu lors de la transformation de l'église Saint-Christophe entre 1955 et 1957.

Place d'Armes et Eglise Saint-Louis. Maquette (réalisée en 1695) de la forteresse française conservée au Musée des Beaux-Arts de Lille (Dépôt du musée des plans-reliefs de Paris)

Les travaux de construction de la forteresse toujours en cours, l'avancée des français font se retirer précipitamment les espagnols, abandonnant et détruisant en partie la forteresse. Louis XIV et ses troupes entrent dans Charleroi le 2 juin 1667, moins d'un an après sa fondation. Les français décident de conserver et d'adapter le site ; ils achèvent notamment la construction des bastions, relèvent les fortifications détruites et ajoutent quelques redoutes. Une pierre commémorative à l'écu de France datée de 1667 est posée, et se trouve toujours aujourd'hui dans l'église Saint-Christophe.

Outre l'église, la place d'Armes est à l'origine bordée de bâtiments à vocation militaire et de bâtiments appartenant à des bourgeois. On y retrouvait au début du XVIIIième siècle la caserne de cavalerie (emplacement de l'actuel Hôtel de Ville), le logis du Gouverneur (entre les rues Vauban et du Gouvernement actuelles), l'arsenal et la boulangerie (entre les rues de la Montagne et d'Orléans).

En 1782, lors de la vente de terrains et bâtiments militaires de la forteresse, en ruine, la Ville acquière l’ancienne caserne de cavalerie dans le but d'y installer sa « Maison de Ville ». Le site accueille également les archives, une halle aux grains, une boucherie et une prison. Dans la cour intérieure, le long des galeries à arcades, s’installent les marchants lors des franches foires qui se tiennent en ville depuis 1713. Des services communaux, écoles et logements pour les maîtres trouveront par la suite leur place dans l’ancienne caserne. Ce bâtiment est par la suite occupé par le Palais de Justice, de 1800 à 1880. La place devant le Palais est le lieu d'exécution de Pieter Goethals et Jan Coucke, accusés du meurtre à Couillet de Scholastique Dussart et guillotinés le 16 novembre 1860, et de Jean-Baptiste Boucher et Auguste Leclercq, membres de la Bande Noire, également guillotinés le 29 mars 1862.

Grand Bazar de l'Hôtel de Ville, place Charles II. Carte postale ancienne, Edition Belge, négatif destiné à l'édition

Incendiée en 1794, l'habitation du Gouverneur de la forteresse fait place à une maison bourgeoise où vécurent notamment le maïeur François, puis le bourgmestre Isaac. Le « Grand Bazar de l’Hôtel de Ville » ouvre à cet emplacement en 1908. Une brasserie-concert, l’ « Ancienne Belgique », succède au Bazar en 1938, puis un dancing en 1944, et des magasins en 1952 ; le lieu est aujourd’hui occupé par une banque.

Le développement du protestantisme ne commence réellement dans la région de Charleroi qu’après le rattachement de notre région aux Pays-Bas en 1815. La présence de militaires hollandais entraîne un premier épanouissement du protestantisme. Une petite chapelle protestante est aménagée au premier étage de l’ancienne sucrerie Poswick située sur la place de la Ville-Haute, incorporée par la suite à l’hôpital militaire de la forteresse.

Cet hôpital militaire se situait côté sud de la place Charles II, à la place de l'ancien arsenal. L'établissement va par la suite s’étendre à tout le quadrilatère formé par la rue de la Montagne, la place Charles II, la rue d’Orléans et la rue Basslé, et finit par être démoli en 1880.

L’administration des Postes s’installe en 1886 à l’emplacement du corps de garde de l’hôpital militaire. Le bâtiment est démoli pour faire place à un édifice plus moderne dans les années 1960.

Fêtes de la Ville-Haute, sans doute vers 1900, avec le ballon Belgica. A l'arrière-plan, la rue Neuve

Vers 1887, un kiosque en fer est placé sur la place, lieu des rassemblements festifs. Il y reste jusqu’après la première guerre mondiale. Lors des Fêtes de la Ville-Haute, fin du XIXième siècle, le ballon Belgica s'installe près du kiosque, puis s'envole, emportant avec lui quelques privilégiés.

Au début des années 1920, la section carolorégienne du « Syndicat National du Personnel des Chemins de fer, Postes, Téléphone et Télégraphe, Marine et Aviation » devient propriétaire d'un bâtiment sur la place. S'y ouvre La Maison des Huit Heures, haut lieu des luttes sociales, dont le nom est l'écho à la revendication des huit heures de travail, huit de loisirs et huit heures de repos. L'établissement est toujours aujourd'hui lié à là FGTB, et est un lieu de rassemblement à la Ville-Haute.

Fin des années 1940, l’élargissement de la rue du Gouvernement et de la rue d’Orléans au niveau de la place Charles II font disparaître plusieurs petites maisons du vieux Charleroi.

La rénovation de la place Charles II de 1994, supprimant le parking en son centre et le remplaçant par des jets d'eau, a permis de mettre en évidence son tracé hexagonal, coeur de l'ancienne forteresse. Prochainement restaurée, la place Charles II est amenée à (re)devenir un espace public de référence, véritable écrin pour l’Hôtel de Ville. 

L'Hôtel de Ville

Ancien Hôtel de Ville. Carte postale ancienne, Edition D.T.C.

La première vraie « Maison de Ville » peut s’installer en 1782 dans les installations de l’ancienne caserne de cavalerie, devenue propriété de la ville. Le bâtiment permet d’abriter les services administratifs de Charleroi, mais également une halle aux blés, une boucherie et une prison. Cette caserne, sans style particulier, remontait à la fondation de la forteresse et occupait l’emplacement sur lequel se dresse aujourd’hui l’Hôtel de Ville de Charleroi ; elle disposait d’une cour intérieure et d’une galerie permettant aux marchands de s’y établir durant les franches foires. Accueillant un tribunal dès la fin du XVIIIe siècle, Napoléon confirme définitivement la présence d'un tribunal de première instance à Charleroi en 1800. La ville ne dispose cependant pas de locaux pour héberger l'instance judiciaire ; les autorités finissent par désigner l’ancienne caserne pour y installer le tribunal. L’administration communale carolorégienne bientôt délogée pour laisser la Justice s’installer dans ses locaux, il est décidé en 1803 de déménager la Maison de Ville au cœur de la Ville-Basse, dans les anciens bâtiments du Couvent des Capucins.

Hôtel de Ville de Charleroi, façade côté place Charles II

L’ancienne caserne de cavalerie est réaménagée afin d’y établir le tribunal. L’ancien Couvent des Capucins n’était cependant pas le plus adapté pour y établir un Hôtel de Ville ; même réaménagé, l’ancien couvent restait austère et sa configuration ne se prêtait pas aux cérémonies et réceptions officielles. Bien que mal logée, l’administration devra pendant longtemps encore se contenter des murs du couvent pour l’héberger.

Plusieurs projets de construction d'un nouvel Hôtel de Ville sont étudiés au XIXième siècle, mais aucun de ces projets n'aboutira. La ville vient de perdre ses fortifications ; de nouveaux quartiers apparaissent afin d'unifier les Villes Basse et Haute et les faubourgs.

En 1880 est inauguré un nouveau Palais de Justice le long d'un boulevard de l’entre-deux ville nouvellement tracé (le boulevard Central, futur boulevard Audent). L’Hôtel de Ville regagne une dizaine d'années plus tard la Ville-Haute, et retrouve ses anciens murs. Mais le bâtiment devient insalubre, présente de graves signes de vétusté et ne répond plus aux besoins en matière d'accueil et de service à la population.

Le 17 novembre 1928, le Conseil communal décide à l'unanimité d'offrir à Charleroi un Hôtel de Ville digne de ce nom.

Le nouveau bâtiment, oeuvre des architectes Jules Cézar et Joseph André, est inauguré en grandes pompes le 18 octobre 1936, mélangeant Classicisme et Art Déco.

Pour en savoir plus, consultez l'article dédié à l'Hôtel de Ville de Charleroi

L'Eglise Saint-Christophe

Place Charles II durant la Seconde Guerre mondiale. Eglise Saint-Christophe bordée des ruelles Saint-Jacques et Saint-Christophe

Lors de la création de la forteresse de Charleroi par les espagnols en 1666, l’église de Charnoy dédiée à Saint-Christophe est préservée et côtoie les fortifications. Devenu maître de Charleroi en 1667, Louis XIV charge Vauban de relever la forteresse en partie démolie, et d’en améliorer les défenses. Ce qui reste du village de Charnoy disparaît alors à jamais, rasé pour permettre les agrandissements des ouvrages défensifs. L’ancienne église Saint-Christophe de Charnoy est également démolie. Louis XIV décide la construction d’une chapelle au cœur de la forteresse dédiée à Saint-Louis, ancêtre de Louis XIV. Initialement dédiée à la garnison, elle est élevée au rang d’église paroissiale après la démolition de l’église de Charnoy. Une pierre millésimée « 1667 » témoigne aujourd’hui de cette première église de Charleroi, installée dans le porche d’entrée de la basilique Saint-Christophe.

La population de la forteresse, redevenue espagnole suite au traité de Nimègue de 1678, s'accroit rapidement. L’abbé Chausteur entreprend d’ériger un sanctuaire plus grand pour accueillir les fidèles. Philippe V autorise en 1709 la construction d'une ; il faudra cependant attendre treize années avant que le projet ne commence à se concrétiser.

En mai 1722 débutent les travaux d'église plus vaste. C’est à cette époque également que le culte de Saint-Christophe revient à Charleroi : l’église est nouveau placée sous le patronyme de Saint-Christophe. Les travaux sont cependant suspendus et ne reprennent que vers 1777-1778. Les plans initiaux sont légèrement modifiés, mais l’édifice est terminé en 1781. L'armée de Jourdan bombarde cependant Charleroi du 18 au 24 juin 1794, occasionnant d'importants dégâts à l'église. Dès 1801, l’abbé Maximilien Ponlot s’attelle à la restauration de l’édifice.

L’église bénéficie d’une véritable restauration en 1863, menée par Auguste Cador. Les éléments en calcaire de la Sambre qui décoraient la façade baroque sont alors remplacés par des éléments en pierre d'Ecaussinnes.
En 1905-1906, l'édifice est à nouveau restauré : la pierre millésimée 1667 timbrée du lys de France, relique de l'ancienne chapelle Saint-Louis, est alors incorporée dans la nef.

Dès 1923, le conseil de fabrique émet le souhait de voir l’église à nouveau restaurée, victime de dégâts miniers. Le projet d’agrandissement n’aboutit pas, mais deux portes latérales sont néanmoins percées, donnant sur des ruelles longeant l’église.

En 1955, Joseph André métamorphose l’ancienne église, lui donnant les allures d'une basilique. La « basilique » (elle ne fut jamais consacrée comme telle) se présente en deux axes : un axe ancien, composé d'éléments de l'ancienne église de 1722/1778, et un axe moderne. Un dôme de cuivre patiné culmine à 48 mètres de hauteur à la jonction des « deux » églises.

Pour en savoir plus, consultez l'article dédié à l'Eglise Saint-Christophe

Le puits sous la place

Le puits sous la place

Dès la fondation, la forteresse est dotée d'un puits au centre de la place d'Armes qui reste en activité jusqu'au milieu du XIXième siècle.

Profond de 42,5 mètres environ (160 pieds) et d'une hauteur d'eau de 31,33 mètres (108 pieds), il se situe aujourd'hui sous la place et est accessible en certaines occasions.

 

 

 



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