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Charleroi, née pour défendre Bruxelles


En 1659, le Traité des Pyrénées met un terme à la longue guerre qui oppose France et Espagne depuis des années. L’Espagne est vaincue et doit rétrocéder de nombreuses terres aux vainqueurs ; le Traité prévoit également le mariage entre le Roi de France Louis XIV et l'infante d'Espagne Marie-Thérèse d'Autriche ; le paiement d’une dot de 500.000 écus d'or à la France est également convenu. En contrepartie Marie-Thérèse abandonne ses droits de succession sur la couronne d’Espagne.

La France est en pleine ascension et s’affirme comme grande puissance européenne. Les trois places fortifiées d’Avesnes, de Mariembourg et de Philippeville qu’elle vient d’obtenir grâce au Traité permet le contrôle de l'Entre-Sambre-et-Meuse. Les nouvelles frontières affaiblissent les défenses du Brabant et de Bruxelles, capitale des Pays-Bas espagnols. La signature de ce Traité ouvre un couloir qui expose Bruxelles à la convoitise de la France : entre les places de Mons et de Namur et Charlemont, aucun ouvrage ne protège la nouvelle frontière. En 1660, le gouverneur général des Pays-Bas espagnols est informé de négociations entre le prince-évêque de Liège et Mazarin dans le but d’augmenter les possessions françaises dans l’Entre-Sambre-et-Meuse. Le renforcement de la ligne de défense en érigeant une nouvelle forteresse sur la Sambre est décidé.

La maquette (réalisée en 1695) de la forteresse française conservée au Musée des Beaux-Arts de Lille (Dépôt du musée des plans-reliefs de Paris)

Le 15 août 1660, les ingénieurs Henry Janssens, Salomon Van Es, et Jean Boulengier sont chargés d’identifier secrètement des lieux stratégiques situés le long de la vallée de la Sambre depuis le « village du pont des Loup » jusqu’à Maubeuge pour y ériger une forteresse.

La position de Dampremy, rare terre espagnole touchant la Sambre, doit être examinée plus en profondeur car le village possède déjà un poste militaire d’observation, installé sur l’abrupt, dominant la vallée de la Sambre. D’autres lieux stratégiques sont également à observer, notamment Landelies, et un autre modeste village situé à proximité de Dampremy : Charnoy.

Le village de Charnoy est stratégiquement situé à plus ou moins égale distance de Mons et de Namur. Le lieu permettrait d’ériger un site défensif particulièrement bien situé : en bordure de la rive gauche de la Sambre, en terre espagnole mais en bordure de la Principauté de Liège, le village est surplombé par un éperon rocheux d’une hauteur de 60 mètres qui domine la vallée et la rivière. Du sommet, les trois ingénieurs découvrent une vue dégagée sur la région. Le site domine la vallée marécageuse et est défendu naturellement au sud par la Sambre et bordé à l’ouest et à l’est par deux vallons où coulent les ruisseaux de Lodelinsart et du Spiniat. La déclivité importante du terrain vers les trois cours d’eau protège le plateau. La plaine alluviale de la Sambre peut, en cas de besoin, être inondée.

Le travail de repérage est effectué, mais le projet de nouvelle citadelle ne se concrétisera pas dans l’immédiat.

En 1664, Don Francisco de Moura Cortereal, marquis de Castel Rodrigo, devient Gouverneur des Pays-Bas espagnols ; le projet de forteresse renaît, devant une France devenant menaçante et gagnant en puissance.

Charles II, par Juan Carreño de Miranda

En juillet 1665, Louis XIV demande l’autorisation de traverser les Pays-Bas espagnols afin de venir en aide à la Hollande, son alliée, attaquée par l’évêque de Munster. L’Espagne refuse de laisser passer les troupes françaises, qui rejoignent néanmoins Maastricht en empruntant les routes du Pays de Liège. Deux mois plus tard, le 17 septembre 1665, le roi Philippe IV d'Espagne se meurt. Sa fille aînée, reine de France, et tous les descendants de celle-ci, a été déshéritée, et son fils, Charles II, a été désigné comme seul et unique héritier. Le nouveau souverain d’Espagne est âgé de quatre ans à peine… La dot de 500.000 écus prévue dans le Traité des Pyrénées ne fut cependant jamais versée par l’Espagne à la France ; Louis XIV profite de la situation pour réclamer les territoires du nord qu’il estime devoir revenir à son épouse par héritage en compensation de la dot.

Les tensions entre les deux pays ne cessent de croître ; une déclaration de guerre de la France à l’Espagne semblant de plus en plus probable et Bruxelles devant être protégée, le projet de forteresse sur la Sambre revient sur la table. Castel Rodrigo en décide la construction.

Les plans que l’ingénieur Van Es avait dressés après le repérage de 1660 sont récupérés. Le mois de juillet 1666 est décisif : le 12 juillet, une estimation du coût des travaux à effectuer est demandée ; un décret du gouvernement daté du 18 juillet 1666 charge Van Es de l’édification d’une forteresse sur l’emplacement de Charnoy.

Le 25 juillet, les habitants du Charnoy assistent au tracé de la future citadelle sur leurs terres. La volonté des autorités est de bâtir une citadelle, à but défensif uniquement, et non de fortifier une ville prenant de l’importance pour protéger ses habitants et infrastructures. Charnoy n’est qu’un modeste village sans intérêt particulier condamné à plus ou moins brève échéance à disparaître, ou à être réduit à un hameau situé au pied de la citadelle. Les jours qui suivent verront les arbres être abattus, une partie des habitants chassés de leurs habitations, et la plupart des édifices rasés afin de permettre le début des travaux de la nouvelle forteresse, qui prendra le nom du souverain d’Espagne, Charles II.

Bientôt, Charleroi sera...



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