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de Charleroi
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Les débuts et la fin du village de Charnoy


La région de Charleroi était déjà habitée durant la Préhistoire ; la grotte de Loverval en témoigne notamment, avec ses traces de vies humaines et animales. La première trace écrite du hameau de Karnoit fut retrouvée dans le polyptyque de l'Abbaye de Lobbes en 868 ; on y retrouve également plusieurs localités avoisinantes : Hudelinsart (Lodelinsart), Gimiacum (Jumet), Gislero (Gilly), Dant Remi (Dampremy), Ruez (Roux),…

Une production métallurgique est déjà présente durant l'Antiquité dans la région. Un début de commerce commence à naître grâce à la Sambre, comme en témoigne notamment la présence d'un petit port retrouvé à Monceau-sur-Sambre. Lors de l'époque romaine, Liberchies est le centre par excellence du développement, avec le travail du bronze des bijoux et des outils, ainsi que de la poterie. La région se développe et compte plusieurs villas, notamment à Marcinelle et Gerpinnes, ainsi que des fermes, des thermes et des temples où les divinités romaines et gauloises sont vénérées. Plusieurs tumulus accueillants les dépouilles mortelles de personnages importants se dressent dans la région, à Marcinelle notamment.

La maquette (réalisée en 1695) de la forteresse française conservée au Musée des Beaux-Arts de Lille (Dépôt du musée des plans-reliefs de Paris)

La présence de sépultures permet d'identifier des traces d'occupation du territoire. A Marcinelle sont retrouvées des sépultures du Haut Moyen Age, dans lesquelles se trouvaient en signe d'offrande des bijoux, des armes et des épées.

A travers les siècles, la région se développe lentement, Karnoit également, et devient le village de Charnoy. La première trace de cette dénomination est retrouvée dans l'anathème de Notger de l'Abbaye de Lobbes concernant la dîme due à l'Abbaye.

En 1650, Charnoy est une petite bourgade qui relevait du Comté de Namur, tout comme Gilly. Situé sur la rive gauche de la Sambre et au pied d'une colline (soit dans le quartier formé par la rue de Dampremy, et le bas de la rue des Alliés). Le village compte à peine une cinquantaine d'habitants (49 manants et 5 veuves en 1602), exerçant pour la plupart la profession de cloutier, d'agriculteur ou de houilleur, ou une combinaison de ces métiers en fonction des saisons et des aléas du temps.

Petit village pauvre entouré de bosquets de charme, d'où son nom, paisible et calme bourgade composée de quelques simples maisonnettes et d'une bien modeste paroisse à trois nefs de style gothique de grès brun dépendant de la cure de Dampremy, Charnoy va vivre en 1666 un événement qui va transformer son existence et son devenir. Le petit village va être biffé de la carte pour faire place à la forteresse de Charles-Roy. La nouvelle forteresse va donner son nom à une ville, qui deviendra la première métropole wallonne, avec un peu plus de 200.000 habitants. Une petite soeur sera même fondée en 1890 en Pennsylvanie, soeur par son nom, soeur par l'origine de ses habitants, et soeur par sa géographie et par ses activités industrielles et minières du début du XXième siècle.

L'histoire de Charleroi commence réellement lorsqu'il est décidé d'élever une forteresse sur la Sambre ; Charnoy dépend alors des Pays-Bas espagnols. Les autoriés des Pays-Bas décident d'établir une nouvelle forteresse sur la Sambre, entre Mons à Namur, afin de sécuriser la frontière des Pays-Bas avec la France. Plusieurs positions intéressantes sont remarquées, notamment Dampremy et Landelies, mais c'est finalement le site du village de Charnoy qui est privilégié. Le lieu permettrait d’ériger un site défensif particulièrement bien situé : en bordure de la rive gauche de la Sambre, en terre espagnole mais en bordure de la Principauté de Liège, le village est surplombé par un éperon rocheux d’une hauteur de 60 mètres qui domine la vallée et la rivière. De chaque côté de l'éperon coulent deux petits ruisseaux, celui de Lodelinsart et du Spigniat.

Les seigneurs propriétaires des terres, la comtesse de Middelbourg et d'Isenghien et son époux le prince Lamoral de Gand, sont obligés de vendre les terres et propriétés correspondants au tracé de la future forteresse au souverain d'Espagne pour 24.000 florins, qu'ils ne reçurent finalement jamais, même après plusieurs procès.

Certains plans renseignent l'emplacement du village et de l'église de Charnoy au pied de la forteresse. Extrait de la carte P. Charle Roy au Comté de Namur, 1666, Bibliothèque Nationale de France. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8494516c

Les travaux de construction de la forteresse commencent début juillet 1666, avec le tracement de la forteresse au sol. Une partie du village de Charnoy se situe sur le tracé, et devra dès lors être rasé ; l'église est cependant épargnée. Le 27 août 1666, des entrepreneurs chargés de la construction de la nouvelle forteresse sur la Sambre adressent une requête aux autorités espagnoles. Pour la toute première fois, la mention de « Charl le Roy » apparaît dans un document officiel.

Le 3 septembre 1666, la première pierre de la forteresse est réellement posée par le Marquis Castel Rodrigo. Maître Jacques Gilson, curé de son état, écrit dans son registre paroissial la naissance de la nouvelle cité, après l'élévation du village au rang de ville. Maître Gilson note le 263ème baptême du village de Charnoy en haut à gauche du registre. Le reste de la page est barrée d'une grande croix, marquant la fin du village de Charnoy. La page de droite commence par "Dis tertia septembris excel lentissimus Franciscus de Moura Marchio de Castello Rodrigo" et quelques centimètres plus bas, le chronogramme "FVNDATVR CAROLOREGIVM" est rédigé par une autre main. Après ces inscriptions, Maître Gilson reprend son registre paroissial, et continue sa liste des baptêmes, le 264ème du regsitre, mais le premier de Charles-Roy. Le chronogramme FVNDATVR CAROLOREGIVM offre via les chiffres romains qu'il contient la date de fondation de Charles-Roy. On peut obtenir via ces chiffres l'année MDCLVVVI, soit 1666, l'année même de la fondation de Charles-Roy, ville d'Espagne.

Les travaux de construction se poursuivent, à la hâte. L’hiver viendra ralentir les travaux, mais ils ne s’arrêteront pas. La forteresse n'est pas achevée lorsque la France déclare la guerre à l'Espagne. Les espagnols qui sont les fondateurs de Charleroi décident en mai 1667 de faire exploser la forteresse afin d’éviter qu’elle ne tombe aux mains des français. C’est pourtant ce qu’il va se passer ; devenu maître de Charleroi, Louis XIV charge Vauban de relever la forteresse, et d’en améliorer les défenses. Ce qui reste du village de Charnoy disparaît alors jamais, rasé pour permettre les agrandissements des fortifications...

Le registre paroissial de Charnoy est tenu jusqu’à cette période ; le dernier élément qui y est repris concerne un décès en date du 26 avril 1667.

Il ne reste de Charnoy que des souvenirs, et quelques éléments matériels comme son registre paroissial... Il faut attendre le 30 juin 1860 pour que le nom du village soit honoré : une rue du centre-ville lui rend désormais hommage. L’église et le cimetière de Charnoy rasés, il en subsiste cependant quelques modestes vestiges. Des débris de colonnes de l’église et l’ancienne pierre tombale de Andry Bolsée, curé de Charnoy, auraient subsisté jusqu’au début du XIXième siècle, à l’emplacement approximatif des lieux de culte et de sépulture originels. Sur l'actuelle place Charles II se trouvait un puits d’une profondeur de 42,5 mètres destiné à l’approvisionnement en eau des troupes de la forteresse. La légende raconte qu’il s’agissait d’un ancien cayat de Charnoy, aménagé pour pouvoir en extraire l’eau nécessaire à la vie de la forteresse...



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