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de Charleroi
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Les Nutons de Gilly


oleilmont reste lié à de multiples légendes découlant de rites anciens d’idolâtrie. Durant l’Antiquité, les populations de nos régions venaient adorer le dieu soleil à un endroit élevé aux confins de Gilly. Selon la légende, ces pratiques religieuses finirent par désigner le nom de l’endroit, qui devint « Soleilmont ». L’expansion du christianisme va faire disparaître ces pratiques ; une abbaye est fondée à Soleilmont en l’an 1088, selon la tradition.

D’autres pratiques se développeront par la suite ; le lieu-dit « Noir-Dieu » se situe à l’ouest de l’ancienne abbaye de Soleilmont ; des sabbats se seraient déroulés dans les bois aux alentours. Entre le Noir-Dieu et l’abbaye se situait un vaste bois, aujourd’hui disparu. Un jour, des petits êtres mystérieux y firent leur apparition : les Nutons.

Les Nutons de Gilly, ancienne Abbaye de Soleilmont

Mesurant entre 30 et 40 centimètres, les Nutons ressemblaient véritablement à de petits êtres humains. Ils avaient l’air vieux, même si certains l’étaient beaucoup moins que d’autres. Certains portaient la barbe, les faisant ressembler à des vieillards malgré leur jeune âge. Jamais personne ne les a un jour entendu parler. Les Nutons vivaient dans de petites grottes à l'écart des villages, dans des trous, des failles et des tanières creusées à flanc de coteau. La nuit tombée, les Nutons quittaient parfois leurs grottes ; jamais ils ne sortaient le jour.

Les Nutons étaient fort nombreux, formant de multiples communautés, installées un peu partout dans nos régions, et notamment à Loverval, à Villers-Poterie, à Godarville, à Aiseau, à Presles et à Jumet. A Gilly, bien vite, le lieu qu’ils occupaient fut surnommé le « Mont des Nutons ».

Considérés par certains comme de petits diables essayant de détourner les chrétiens de leurs croyances, ces petits êtres sont néanmoins rapidement considérés par la majorité comme étant pacifiques, mais également serviables. Ils étaient toutefois susceptibles et rancuniers ; il fallait bien se garder de les vexer ou de les provoquer. Certains Nutons d’autres communautés préféraient parfois s’amouracher d’une fille du village voisin plutôt que d’une Nutonne, allant dans de rares cas jusqu’à enlever la belle villageoise, mais les Nutons gilliciens semblaient relativement plus posés...

Acceptant volontiers la proximité des hommes, qui se gardaient bien de les provoquer, les Nutons mettaient naturellement leurs talents au service des humains, moyennant toutefois une petite contribution en nature. Excellents ouvriers, métallurgistes, tisserands ou encore cordonniers, il suffisait de déposer près de leurs grottes un objet à réparer, ou toute autre tâche à réaliser, et de laisser quelques victuailles en remerciement pour le service à accomplir. Le lendemain, la tâche était effectuée avec excellence. Les Gilliciens venaient déposer à la tombée de la nuit un couteau à aiguiser, des chaussures à ressemeler, un outil cassé à réparer, et laissaient également un pain, du lait, un fromage, des œufs ou un peu de viande en contrepartie. Les Gilliciennes n’étaient pas en reste, venant déposer leurs mannes de linge à laver et à plier, des vêtements à raccommoder. Dès le lendemain à l’aube, les villageois et les villageoises venaient rechercher leur linge nettoyé et repassé, les vêtements raccommodés, les couteaux aiguisés, les outils réparés. Adorant s’occuper du bétail et des chevaux, il leur arrivait parfois de rentrer d’eux-mêmes une récolte laissée dehors et menacée par un orage. Lorsque les villageois déposaient moins de corvées, les Nutons en profitaient pour gagner les champs et y danser la nuit entière.

Nutons dans un bois

Cette douce harmonie fut cependant un jour brusquement interrompue. Quelques humains, par pure méchanceté, vinrent les provoquer et s’en prirent directement à eux. Des pains cuits contenant des cendres et de la terre leur furent déposés, en lieu et place du bon pain traditionnel. Quelques entrées de grottes furent délibérément obstruées. Quelques humains allèrent se satisfaire devant leurs habitats ; certains allèrent même jusqu’à batifoler dans leurs bois, ce qui choqua profondément les Nutons.

Méprisés à outrage, les Nutons ne se montrèrent plus jamais. D’aucun ont sans doute continué à déposer des offrandes, mais jamais plus ils ne parurent, et jamais plus les corvées laissées ne furent effectuées… Les trous et les tanières furent désertés ; les Nutons quittèrent les lieux pour toujours…

Avec le temps, les tanières disparurent ; au XIXième siècle, leur bois fut défriché. A son emplacement fut aménagé le cimetière communal de Gilly, et par la suite le crématorium de Charleroi.

Seul le nom d’une voirie qui borde aujourd’hui le cimetière rappelle l’emplacement de l’ancien « Mont des Nutons »…


POUR Y ACCEDER

A proximité : Ancienne Abbaye de Soleilmont
Adresse officielle : Lieu-dit "Abbaye de Soleilmont", 1
6060 Charleroi (Gilly)
Accès lors des visites : Ruelle de l'Abbaye, 251
6220 Fleurus

Métro Soleilmont (+ 10 min à pied)

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