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Place Verte


Vue sur la place depuis la Maison des Corporations

Les origines de la Place Verte remontent à la fondation de la Ville-Basse. En 1675, un pont est jeté sur la Sambre, afin de permettre aux troupes venant de France d’accéder plus facilement à la forteresse, le nombre de ponts permettant la traversée de la rivière étant alors relativement réduit. Louis XIV ordonne la fondation d’un quartier nouveau au pied de la forteresse de Charleroi afin de défendre ce nouveau pont. Une « nouvelle ville » est alors bâtie sur la rive droite de la rivière. Pour permettre sa construction, Vauban incorpore délibérément au territoire de Charleroi une vingtaine de bonniers appartenant à Marcinelle, neuf ans après la fondation de la Ville-Haute.

Ce nouveau quartier de Charleroi s’articule autour d’un élément central : la place de la Ville-Basse. Un ouvrage militaire se tient plus ou moins en son centre, défendant l’accès au pont. Désignée anciennement comme « Place Verte » ou encore par la suite « Place du Sud », les autorités communales lui donnèrent le nom de Place Albert Ier au lendemain de la Première guerre mondiale, en hommage au troisième roi des belges. Elle redevient « Place Verte » le 30 mai 2016, suite à une décision du Conseil communal.

Longtemps, la place de la Ville-Basse ne fut qu’une simple prairie entourée de tilleuls ; cette caractéristique champêtre lui valut le nom de « Place Verte » pendant des décennies. Les arbres vont cependant disparaître le temps passant, victimes de maladies, de vieillesse, ou parfois même abattus par des habitants du quartier à la recherche de bois de chauffage.

En 1679, les habitants de Charleroi sont autorisés à organiser deux marchés hebdomadaires. En 1709, le nombre de marchés autorisés est porté à trois ; ils se tiennent sur la place de la Ville-Haute les lundi et vendredi, et sur celle de la Ville-Basse le mercredi. Il faut attendre 1713 pour que les marchés se tiennent de manière régulière. A partir de 1829, un quatrième marché est instauré le samedi. La place de la Ville-Basse finit par accueillir trois marchés hebdomadaires, jusqu’en 2014 ; le marché migre alors vers la place de la Digue.

Les magasins côté sud-est de la place (détail carte postale ancienne, éditeur inconnu)

1787 voit naître dans une maison de la place François-Joseph Navez. La maison natale du peintre se situait en bord de Sambre, face à l’actuelle Librairie Molière (emplacement de l’ancienne brasserie « Prince Baudouin » dans les Colonnades).

En 1819, la place n’est plus arborée et est circonscrite par les piliers de pierres bleues, reliés par des chaînes. Ces pilastres orneront la place pendant 70 ans et seront revendus en 1890 à l’administration communale de Mont-sur-Marchienne, qui s’en sert alors pour orner sa place communale ainsi que les abords de l’église de la Conversion de Saint-Paul.

Le premier magasin de confection de la ville est ouvert place de la Ville-Basse en 1830 par Léopold Jacquy, un carolorégien ayant appris son métier à Paris.

Au XIXième, la place commence à se bâtir d’immeubles prestigieux ; la Ville-Basse se mue en quartier d’affaires et commerçant, notamment grâce à l’implantation de la gare principale de la ville sur son territoire.

En 1851, un temple protestant est inauguré sur le côté nord de la place ; pouvant accueillir 300 fidèles, il dispose également d’un logement à l’étage pour le pasteur. Le bâtiment est surmonté d’un petit fronton et d’un clocheton. La communauté ne cessant de croître, l’église de Charleroi s’avère trop petite. Un agrandissement fut envisagé, mais le projet de création d’un nouveau temple est préféré par les autorités religieuses locales en 1875 à une extension éventuelle du temple de la Ville-Basse. La communauté religieuse prend alors la direction du boulevard Audent.

En 1867, Jules Delhaize fonde avec son frère Auguste la société « Delhaize Frères et Cie » ; ils ouvrent leur premier magasin, spécialisé en denrées coloniales, vins et liqueurs, sur la place de la Ville-Basse.

C’est également le lieu d’implantation de plusieurs grands magasins et enseignes renommées. Un Lorrain dénommé Thelinge y exploite un « Bazar » ; peu de renseignements existent à propos des premières années de l’enseigne. Ce magasin va cependant par la suite voir s’installer à ses côtés un concurrent de taille. Sur les conseils de l’homme d’affaires Nicolas Thiéry, le propriétaire du « Bon Marché » de Bruxelles, François Vaxelaire crée une filiale de l’enseigne à Charleroi en 1875, en collaboration avec Etienne Prévot ; le « Bon Marché » s’installe place Verte, à côté du « Grand Bazar de la Bourse ». Les deux enseignes, bien que concurrentes, cohabitent ; en 1919, Emile Crowet devient le propriétaire des deux magasins. L’ensemble n’est cependant qu’une succession de bâtiments vieillots demandant à être réorganisés.

Il fait alors appel à un architecte dont le nom commence à être reconnu dans la région. En 1933, Joseph André construit le nouvel immeuble du « Grand Bazar de la Bourse », sur le même emplacement que celui occupé précédemment par les deux bazars. Bâtiment moderniste s’étalant sur 6 niveaux à la façade légèrement courbée, l’intérieur s’articule autour d’un puits de lumière. Les nombreuses baies vitrées donnant sur la place offre au bâtiment son horizontalité. Le rez-de-chaussée alterne vitrines et tambours d’entrées, protégés par une casquette s’avançant sur le trottoir. Au quatrième étage est installé un salon de thé permettant aux visiteurs de prendre un peu de repos avant de continuer leur visite, à moins qu’ils préfèrent fréquenter le « Grand café de la Bourse » situé juste à côté, au coin de la rue Puissant d'Agimont.

En 1959, l’enseigne de la Place Verte redevient « Au Bon Marché ». A la moitié des années 60, le « Bon Marché » propose ses articles sur 8.500 mètres carrés, et emploie 350 personnes. En 1969, les groupes concurrents de « L’Innovation » et du « Bon Marché », à bout de souffle, fusionnent pour créer « Inno-BM ». Cinq ans plus tard, « GB Entreprises » fusionne à son tour ; le puissant « GB-Inno-BM » voit le jour en 1974. Il ne faudra plus longtemps pour que à Charleroi, comme partout, les magasins du « Bon Marché » ferment définitivement leurs portes, au profit de l’enseigne « L’Innovation ». Le bâtiment de Joseph André retrouve notamment une affectation au rez-de-chaussée, en accueillant de nouveaux commerces ; les étages sont également reconvertis. Ayant beaucoup perdu de son caractère, l’immeuble possédait toujours un certain style qu'une rénovation aurait pu remettre en valeur. Sa destinée est pourtant tout autre : en février 2014, l’immeuble est abattu pour faire place au centre commercial « Rive Gauche ».

Le Bon Marché, et le Grand Bazar de la Bourse (détail carte postale ancienne, éditeur inconnu)

En 1881, une première ligne de tramway est établie entre la gare de Charleroi Sud et la rue de l’Ecluse, via la rue du Collège, la Place Verte et la rue de Marcinelle. Cette ligne, à traction chevaline, est cependant rapidement abandonnée, et d’autres lignes à traction vapeur sont mises en fonction.

Si la place de la Ville-Basse devient le lieu de retrouvaille des boursiers le lundi, vu sa proximité avec la Bourse du Commerce établie en 1875, il n’en reste pas pour le moins le lieu privilégié pour de grands rassemblements populaires : la place de la Ville-Basse accueille les concours de jeu de balle, des concerts se tiennent dans le kiosque installé en 1887, et qui disparut après la première guerre mondiale.

En 1907 est érigé par l’architecte De La Croix à l’angle nord-est un Hôtel des Postes, à l’emplacement occupé notamment jusqu’alors par le photographe Robert Melchers. De style Renaissance, le bâtiment est flanqué d’une tour dominant les bâtiments de la Ville-Basse afin d’assurer une bonne transmission télégraphique. Désaffecté en 1967 et voué dans un premier temps à la destruction, l’ancien Hôtel des Postes trouve finalement d’autres affectations, et abrite notamment le services des contributions. En 1996, la Librairie Molière investit les lieux et redonne son cachet au bâtiment. Ce bâtiment est classé depuis 1992.

En 1920, l’architecte-bourgmestre Emile Devreux érige les bureaux de la Banque de Charleroi au coin formé par la rue Puissant d’Agimont. Cette banque fut fondée en 1866, notamment par le bourgmestre Lebeau, et devint par la suite la Banque de Bruxelles. Le bâtiment est aujourd’hui occupé par l’IFAPME.

En 1925, l’architecte Joseph André érige sur le côté ouest de la place la « Maison des Corporations » afin d’abriter l’association homonyme créée en 1904 par des groupements de petits patrons de divers métiers ; le but de cette association était de veiller à la qualité de l’enseignement des futurs ouvriers. Les coopératives de boulangers, bouchers, artisans du bois,… sont alors nombreuses. Le bâtiment d’André comporte des salles de réunion, des bureaux, des salles d’archives et de documentation. Au rez-de-chaussée se situaient un café, un restaurant, une salle de billards, la salle de spectacle « La Bonbonnière »,… Le lieu va cependant vite péricliter et changer d’affectation. Adolphe Kakone y installe un magasin de vêtement (« Galeries Kakone »), et un cinéma est aménagé dans les étages (« Le Bled »). Bâtiment majestueux, il est cependant démoli dans les années 60 afin de permettre la construction du « Centre Albert ».

Le 11 octobre 1948, un nouveau boulevard est inauguré sur l’ancienne Sambre remblayée. Les travaux de comblement de la rivière débutèrent en 1931 mais furent interrompus par la guerre. Les bâtiments donnant sur le nouveau Boulevard et bordant la Place Verte sont rasés en 1952. Le 25 octobre 1953, à l’emplacement de ces habitations, est inauguré un passage couvert : les Colonnades. Elles deviennent une entrée monumentale vers le haut de la ville et accueillent des commerces généralement de qualité. Elles sont néanmoins démolies en 2015 dans le cadre de la réalisation du projet « Rive Gauche ».

En 1964 est inauguré le chantier de construction du plus haut gratte-ciel de Charleroi, le « Centre Albert ». A l’origine, il devait s’agir d’un immeuble de standing, mêlant différentes fonctions. Selon les plans projetés par Jean Baudoux, le promoteur immobilier à la base du projet, on devait y trouver des bureaux, différents services, des appartements de luxe, mais également un hôtel, un dancing, et une salle de conférence. L’entreprise était grandiose, pour un immeuble unique à Charleroi. Les projets seront cependant revus, et le building rêvé par Baudoux ne sera finalement occupé que par des bureaux, ainsi que par un bureau de poste au rez-de-chaussée.

Les travaux de Rive Gauche en 2015

La « Tour Baudoux », comme certains l’appellent également, n’en reste pas moins l’un des édifices les plus élevés de tout Charleroi. Le procédé de construction auquel l’entrepreneur eut recours fut une première, non encore utilisé ailleurs en Belgique. Il consistait en l’édification d’une tour centrale en béton armé autour de laquelle venaient se greffer les étages supportés par des charpentes métalliques. Les différents niveaux sont bâtis les uns après les autres grâce à un système de coffrage glissant, permettant au bâtiment de croître de 17 centimètres à l’heure environ. Il faudra trois années pour que le bâtiment soit totalement finalisé ; l’édifice de 24 étages est inauguré le 10 juillet 1967. Au début des années 2000, l’Etat belge, propriétaire du Centre, décide pour renflouer ses caisses de mettre en vente plusieurs bâtiments à travers le pays. Le Centre Albert est visé par cette mesure, et le 19 décembre 2002, l’Etat s’en sépare pour un peu plus de 11 millions d’euro. Un bail est néanmoins signé afin de continuer à occuper les lieux jusqu’en 2027.

En 1989, la place est éventrée afin de permettre l’installation d’un vaste parking en partie souterrain de 300 places. Il ferme ses portes le 29 septembre 2014. Un gigantesque chantier débute alors sur la place afin d’y laisser s’ériger le centre commercial « Rive Gauche ».

Ce projet « Rive Gauche » annexe en partie la place, dont la configuration n’avait que peu changé depuis la création de la Ville-Basse. De forme rectangulaire à son origine, un bon tiers côté ouest de la place est englobé dans le projet commercial. Les Colonnades à jamais disparues et la partie centrale du boulevard Tirou convertie en zone piétonne, une nouvelle place Albert est tracée par les urbanistes, plus ouverte sur la ville. Si sa superficie est sensiblement identique à celle qu’elle avait à son origine, son tracé est désormais de forme carrée.

Les autorités communales décident le 30 mai 2016 de renommer la place Albert Ier en Place Verte, dans le cadre du travail d'élimination des doublons odonymiques. Le nouveau centre commercial implanté en partie sur la place, une nouvelle voirie est créée en face du Centre Albert : la « Petite Rue ».

Le centre commercial « Rive Gauche » ouvre ses portes le 9 mars 2017 ; les discours officiels sont prononcés sur la Place Verte, restaurée.



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