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Notre-Dame au Bois

 

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Orientation bibliographique sur ce sujet

La Place du Ballon : en vieilles photos et cartes postales anciennes : De la Belle Epoque aux années folles / Draguet, Christian. Jumet : Cercle d'Art et d'Histoire de Gohyssart, 1997. 78 p.
Jumet en flânant... / Arcq, Robert. [sans lieu] : Spites, 1988. 232 p.
Jumet : pages d'histoire / Arcq, Robert. Jumet : R. Arcq, 1973. 190 p.

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La Chapelle Notre-Dame au Bois

Il y a trois siècles encore, des bois recouvraient toujours en partie le quartier de Gohyssart à Jumet ; le bois de la Coupe s’y étendait sur des dizaines d’hectares. De ces bois, il ne subsiste aujourd’hui quasi plus rien… Le nom même de Gohyssart provient directement de cet environnement boisé : à une époque lointaine, le propriétaire des lieux était un certain Godohari. Le défrichement (en latin, sartum) partiel du bois qui s'y trouvait va désigner le lieu : Godohari sart, qui va évoluer à travers le temps vers Gohyssart. Nos régions étant par le passé couvertes de forêts, les défrichements vont s'y succéder, et différents lieux vont conserver dans leurs dénominations une référence à ces anciens bois : Lodelinsart, Ransart, Sart-les-Moines, Sart-Culpart, Sart-Allet, Sart-Saint-Nicolas, Sart-les-Moulins, Sart-Dames-Avelines...

A Gohyssart, la zone comprise entre les rues Emile Strimelle et Alfred Georges (Marchienne-au-Pont) est toujours boisée au XVIIIième siècle ; plusieurs puits de mine s’y trouvent. Gohyssart est un hameau, ne comptant que quelques habitations. Dans le bois au sud de ce hameau, une modeste potale en bois est accrochée à un arbre. Une petite représentation peinte sur bois de la Vierge y prend place : Notre-Dame de Grâce. Elle est la copie réduite de l’icône de style byzantin de Notre-Dame de Grâce, conservée dans la cathédrale de Cambrai et peinte, selon la légende, par Saint Luc lui-même. Cette image de la Vierge Eleousa ou « de la tendresse » est aujourd’hui conservée dans l’église de Jumet-Gohyssart. Déjà hébergée dans une potale, elle est donc antérieure à la construction de la chapelle de Notre-Dame au Bois.

Notre-Dame de Grâce

Vers 1730, un individu traverse la forêt ; il ne le remarque pas, mais il se dirige vers un ancien site houiller où se situe un trou de fosse béant. Continuant sa marche, l’homme tombe dans le puits de mine ; par chance, un bois de travers situé dans le puits stoppe net sa chute. Bloqué dans la fosse, constatant sa posture et conscient qu’il risque de s’écraser au fond du puits, le malchanceux implore Notre-Dame de Grâce, dont la potale se situe à proximité des lieux. Il arrive finalement à s’extirper et à regagner la surface, sans graves blessures. Persuadé qu’il ne doit son salut qu’à l’intervention de la Vierge, il se promet d’ériger une chapelle digne de ce nom en l’honneur de Notre-Dame. Une dizaine d’années plus tard, vers 1740, l’image peinte de la Vierge quitte sa potale pour une nouvelle chapelle, érigée dans la forêt en matériaux durables, à proximité du lieu où le rescapé tomba dans la mine. 

La chapelle devient un lieu de pèlerinage, mais également un but de promenade pour les habitants de la région ; on s’y rend à pied à travers champs et bois lors de quelques temps libres. En 1757, le jour de l’Ascension, une ducasse est instaurée et se déroule à côté de la chapelle. Elle devient rapidement l’une des plus courues et des plus importantes de la région.

Témoin de l’importance de la chapelle dans le quotidien des jumétois, la fosse voisine prend le nom de « Société houilleresse Notre-Dame dans le Bois de Jumet ». En 1745, François-Louis Puissant, Simon Bivort et Pierre-Joseph Renson avaient acquis la concession de plusieurs veines, notamment celles situées dans le bois de Jumet. Ce charbonnage fut l’un des premiers dotés d’une machine d'exhaure « Newcomen ». Pour faciliter l’exportation de la houille depuis Gohyssart, une voie nouvelle est tracée à travers le bois de Jumet dès 1759, aboutissant sur l’actuelle chaussée de Bruxelles ; elle porte aujourd’hui le nom de rue Puissant. Le charbonnage situé près de la chapelle était également connu sous le nom d’ « Amercoeur », et fut l’un des moteurs du développement de Gohyssart.

Intérieur de la Chapelle Notre-Dame au Bois

Bien que construite en matériaux durables, la chapelle de Notre-Dame au Bois vieillit mal et est minée par les eaux. La chapelle est souvent inondée lors des fortes pluies ; décision est finalement prise de l’abattre. En 1843, un nouvel édifice est érigé, notamment grâce à l’intervention de Clément Bivort.

La famille Bivort était relativement influente dans le quartier ; trois frères de la famille contrôlaient au milieu du XIXième siècle la vie sociale, religieuse, culturelle et économique de Gohyssart. La famille Bivort possèdait la moitié des parts du charbonnage d'Amercœur ; Clément Bivort en devint également l’administrateur. A cette époque, Gohyssart ne dispose pas encore d’église et ce malgré l’importante population ouvrière qui y habite. Le quartier abrite une communauté protestante assez importante ainsi qu’un Temple évangélique. Les libéralités de la famille Bivort et la Société d’Amercoeur participèrent pour beaucoup à l'édification dès 1865 de l'église de Jumet-Gohyssart. Le premier curé de la nouvelle paroisse n’est autre que l’un des frères Bivort : Edouard fut curé de Gohyssart de 1866 à 1886. Le troisième frère, Henri-Joseph Bivort, était patron-verrier. Il exploitait une verrerie à la Coupe, et se fait ériger en 1868 rue Wattelar un château, au sein d’un vaste parc qui porte toujours aujourd’hui son nom.

La nouvelle chapelle est plus vaste et construite légèrement en retrait du chemin ; des matériaux de l’ancienne chapelle sont récupérés pour y être intégrés. Son architecture en briques et pierre calcaire reste attachée aux formes traditionnelles que l’on retrouve dans la région, mais elle se distingue notamment par des formes plus évoluées.

Deux chronogrammes sont présents sur la façade. Au centre du fronton, l’année 1733 est donnée par le chronogramme  « Mère De grâCe InfInIe reCeVez toVs nos VoeVX ». Le deuxième chronogramme, au-dessus de la porte d’entrée, sur le linteau, donne l’année 1741 : « Vierge Marie Danc Ce bols eXaVCe nos VoeVX ».

Intérieur de la Chapelle Notre-Dame au Bois

Les murs à l’entrée de la chapelle Notre-Dame au Bois se couvrent d’ex-votos en remerciement des grâces accordées. Afin de la protéger, l’antique image de Notre-Dame est placée en 1872 dans la nouvelle église de Jumet Gohyssart. Néanmoins, le jour de l’Ascension, l’image de Notre-Dame retrouve chaque année sa chapelle et ce, pour quelques jours.

De son côté, la ducasse instaurée en 1757 ne cesse de connaître un succès certain. Témoin de sa renommée, Jacques Bertrand lui consacre vers 1860 une chanson : « El ducasse du bos » (voir les paroles en fin d'article). Instaurée en l’honneur de Notre-Dame, on y trouvait notamment des marchands de chapelets, de médailles diverses et d’images pieuses ; mais la ducasse se voulait également festive. On venait de loin pour s’amuser sur ses manèges, pour y danser et s’amuser.  La ducasse était originellement située autour de la chapelle, mais va s’agrandir jusqu’à finalement gagner le centre de Gohyssart à ses plus belles heures. Plusieurs rues sont barrées, et à une époque, les tramways ne circulent plus rue de Marchienne le jour de l’Ascension. Les années 1980 marquent le déclin de la ducasse. De nouvelles réglementations ne permettent plus l’interdiction de la circulation pour laisser s’installer les manèges sur la voie publique. Plusieurs terrains à proximité de la chapelle ont reçu de nouvelles affectations, et l’espace disponible pour accueillir les manèges est moindre. La ducasse se concentre désormais sur la place de Jumet-Gohyssart.

A côté de la chapelle de Notre-Dame au Bois se situe aujourd’hui une potale. Celle-ci provient de l’ancien mur d’enceinte du charbonnage d’Amercoeur, situé en face du cimetière de Gohyssart. Elle remonte au XVIIIième siècle et est dédiée à Saint-Hubert ; la statue qui s’y trouve n’est malheureusement plus celle d’origine.

 

Chapelle Notre-Dame au Bois
Rue de Marchienne
6040 Charleroi (Jumet)
Métro Pas de station de métro à proximité


Paroles d' « El Ducasse du Bos » de Jacques Bertrand

REFRAIN
Ah! pour mi, qué djoûrnéye.
Qui f’yèt bon drî l’uréye !
Al ducace du bos,
Dj’îré co, dj’îré co.
Al ducace du bos,
Dj’îré co, dj’îré co.
 
PREMIER COUPLET
Avè m’galant Ignace,
Dj’é stî yêr al ducace
A Notre-Dame-au-Bos;
On s’amûsèt d’asto.
Gârçons èt djonnès fîyes,
Dèssus les yèbes florîyes,
Fèyént des rigodons
Au son des viyolons.
(Refrain)

DEUXIEME COUPLET
Quand l’danse a stî finîye,
Ignace èm’dit : « Lalîye,
Alèsons nos r’pôser ;
T’as dandji d’t’èrsoufler.»
Alôrs, toudis sins rîre,
I n’djokèt nén dè m’dîre
Què ça s’rèt toudis mi
Qu’i vîret l’pus voltî.
(Refrain)

TROISIEME COUPLET
L’baragwin dèl fauvète
Et l’doûs tchant d’l’auluwète
Vènît nos raguéyi.
Joûr de Dieu, qué pléji!
Et pwîs, au fond dèl taye,
Tout près d’in gros sto d’aye,
I coudèt du muguet
Qui foûrèt dins m’côrset.
(Refrain)

QUATRIEME COUPLET
Al fin, dins mes deûs djambes,
V’la bén qui m’prind des crampes.
Dj’è n’savè pus mârchi.
Ignace ét las’ oussi.
Més dj’intind co l’musique :
Malgrè toute èm’fatigue,
Djè radaye squ’au matin
Au bal dèl tchausse qui pind.
(Refrain)




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