contact contact rss rss a propos de ce site site non officiel - à propos de cette initiative privée a la recherche de documents sur Charleroi A la recherche de documents sur Charleroi
Titre charleroi-decouverte.be 


Page : Page principale » Histoire d'une Ville » L'abbé De Jong : première victime de la Bande à Bonnot ?

L'abbé De Jong : première victime de la Bande à Bonnot ?

 

Suivez le site sur Facebook !

Suivez également le site sur Facebook, pour prendre connaissance des derniers sujets postés, et bien plus !

Orientation bibliographique sur ce sujet

Légendes et contes du Pays de Charleroi / Lempereur, Emile ; Carly, Michel. Ixelles : Paul Legrain, 1989. 226 p.
Oraison funèbre de Monsieur l'Abbé de Jong révérend curé de Dampremy / Lalieu, Louis-Joseph. Charleroi : H.Gobbe-Van de Mergel, 1911. 12 p.

Contenu multimédia supplémentaire




Localisation


Derniers éléments ajoutés

Le Parc Bivort
A l’origine du parc, le maître-verrier Henry-Joseph Bivort, propriétaire des Verreries Bennert & Bivort, qui se fait ériger vers 1870 un château au cœur d’un parc de sept hectares. - Lire la suite...

Les deux tours du Château de la Torre
Le Château de la Torre se situait dans le coeur de Mont-sur-Marchienne. Il fut presque totalement démoli dans les années 1940 par un promoteur immobilier... - Lire la suite...

Charleroi en images, 1900-1945
En quelques clichés, Charleroi en cartes postales et images anciennes - Lire la suite...

Architecte de Charleroi : Auguste Cador
Auguste Cador est le grand architecte du XIXième à Charleroi. Sa longue carrière et sa riche production va marquer le territoire de Charleroi et de sa région. Mais Cador fut également le concepteur et propriétaire de l'Eden-Théâtre. - Lire la suite...

Marguerite, Marie et Jeanne, sorcières de Monceau
De 1592 à 1671, au moins six exécutions sur le bûcher eurent lieu à Monceau pour faits de sorcellerie. Parmi les victimes, Marguerite, Marie et Jeanne, présumées sorcières. - Lire la suite...

Les deux Zoé Drion
Au début du XIXième siècle, deux cousines éloignées, Zoé Louise et Zoé Pauline, voient le jour dans la région de Charleroi. L’une d’elle eut l’honneur d’avoir un boulevard baptisé de son nom. - Lire la suite...


En ce début d’année 1911, Charleroi connait une certaine effervescence. Depuis peu, les terrains vagues situés près de la Porte de Waterloo subissent de grandes transformations ; des jardins y sont aménagés, des pavillons érigés. L’Exposition internationale de Charleroi s’apprête à ouvrir ses portes le 29 avril prochain. Des centaines d’ouvriers s’affairent à achever les travaux pour que ses festivités soient une réussite. Le Pays de Charleroi va pendant plus de 6 mois être sur le devant de la scène, et exposer son savoir-faire et son patrimoine.

Si la Belgique est devenue particulièrement grâce aux bassins de Liège et de Charleroi une puissance industrielle, elle est également terre de refuge pour certains. Plusieurs jeunes anarchistes français rejoignent le pays, notamment pour se soustraire au service militaire. Bruxelles et les grandes villes belges fourmillent d’idées anarchistes. Certains n’hésitent pas à haranguer les ouvriers à la sortie des usines ou dans des lieux de passage, comme les environs des gares. Dans la région, la gare de Lodelinsart est particulièrement fréquentée car elle dessert plusieurs verreries et charbonnages. Il n’est pas rare d’y croiser de temps à autre quelques anarchistes tentant de mobiliser les ouvriers. Parmi eux, le français Octave Garnier et le belge Edouard Carouy.

Edouard Carouy est né à Montignies-lez-Lens en 1883. Il travaille comme machiniste dans une imprimerie à Bruxelles. Carouy est membre d’un mouvement anarchiste bruxellois, lié au journal « Le Révolté ».

Octave Garnier est né à Fontainebleau en 1889. Il commence très jeune à travailler en tant que boucher et boulanger ; dès ses 17 ans, il se heurte à la Justice après avoir commis quelques larcins, ce qui lui vaut de connaître la prison. A sa libération, il fréquente les milieux syndicaux et s’intéresse à la politique ; déçu, il se tourne vers les milieux anarchistes. Garnier poursuit son chemin dans la délinquance et est à nouveau emprisonné. A sa libération en 1910, il s’enfuit en Belgique pour éviter le service militaire. Ses péripéties l’amènent à Charleroi où il arrive le 6 octobre. Garnier s’installe boulevard Jacques Bertrand, et ensuite rue du Cavalier (actuelle rue de la Régence). Il entre en contact avec les milieux anarchistes locaux, et rencontre Edouard Carouy.

A Charleroi, Garnier cherche un emploi tout en continuant vols et cambriolages. Il finit par trouver un emploi de terrassier et est occupé du côté de la rue Pige au Croly. C’est là qu’il rencontre Marie Vuillemin, habitante de la rue, âgée d’une petite vingtaine d’année. Elle tombe éperdument amoureuse de Garnier, au point de quitter son domicile conjugal. Le jeune couple quitte Charleroi pour s’installer à Bruxelles ; ils y retrouvent Edouard Carouy. Ensemble, ils poursuivent les vols et larcins, et deviennent faux-monnayeurs. Octave Garnier et Marie Vuillemin finissent par revenir à Charleroi en février 1911.

Le lundi 27 février 1911 au soir, Garnier se rend dans un café de la rue Chavannes. Il y retrouve des amis et tous rendent ensuite visite à un dénommé Louis Fegeard qui loue une chambre à l’étage. Garnier, Porthos, Britannicus et un quatrième homme se rendent vers 20h00 au Théâtre des Variétés, situé place du Manège. Ils assistent au début du spectacle, mais ne s’attardent pas sur les lieux et quittent le théâtre avant la fin de la représentation. Leurs grands manteaux et casquettes ne passent pas inaperçus et plusieurs personnes remarquent leur présence.

A Dampremy office depuis 1906 le curé François-Xavier De Jong, né à Gilze, en Hollande, le 28 juin 1855. Se destinant à la prêtrise, il effectue ses études théologiques à Bréda, et reçoit l’ordination sacerdotale en 1879. Il rejoint la Belgique, initialement pour une période de deux ans ; il devient vicaire à Pâturages, dans le borinage. Il obtient du gouvernement belge sa naturalisation, et est nommé curé de la nouvelle paroisse de Gilly Sart-Allet en 1883. Il trouve dans sa nouvelle commune une grande communauté immigrée, principalement d’origine flamande. En 1906, il rejoint la paroisse de Dampremy.

François-Xavier De Jong n’hésite pas à s’investir dans la vie de sa communauté et de sa région. Grâce à son soutien notamment, une école pour filles dirigée par les Sœurs de la Providence ouvre à Gosselies. A Dampremy, outre l’aménagement de la nouvelle église, il s’implique pour que le chœur de l’ancienne église gothique ne disparaisse pas, et soit transformé en une chapelle dédiée à Saint-Ghislain.

L’abbé De Jong partage le presbytère avec sa servante Marie-Palmyre Roland, née à Beloeil en 1843. Le bâtiment est quelque peu excentré, à proximité immédiate de l’ancienne église. Le lieu est peu accueillant le soir, si bien que Marie-Palmyre est arrivée à convaincre le curé d’acquérir une arme, au cas où…

En cette nuit du 27 février 1911, plusieurs personnes pénètrent par effraction dans le presbytère. Les voleurs entrent dans le bâtiment par une brèche pratiquée dans la maçonnerie. Ils ne trouvent cependant aucune valeur et se heurtent à des portes fermées. A l’aide d’une échelle, les malfrats brisent une vitre située à l’étage et gagnent la chambre du curé. Surpris dans son sommeil, le curé De Jong est bâillonné et ligoté. Marie-Palmyre, alertée par les cris, se précipite dans la chambre ; un coup mortel  lui est porté sur la tempe. Elle s’effondre sur le palier. Les bandits obligent le curé à les suivre ; ils ouvrent tous les meubles et explorent toutes les cachettes possibles. Sous la menace, François-Xavier De Jong ouvre un coffre-fort contenant environ 5.000 francs, somme de la paroisse destinée aux Œuvres et aux paiements de la Fabrique d’Eglise et des écoles. Les valeurs sont délaissées au profit de l’argent liquide. Un butin trouvé, un coup est porté au curé ; son crâne est fracassé.

Les deux corps sont retrouvés le lendemain matin par le sacristain. Rapidement descendu sur les lieux, le Parquet de Charleroi ouvre une enquête ; des inspecteurs interrogent et perquisitionnent. De fortes suspicions pèsent sur des ouvriers de la commune, logés à la semaine. Toutes les maisons de logement sont visitées et les logeurs interpellés sur leurs emplois du temps au moment des faits. Les enquêteurs tentent d’identifier d’éventuels logeurs ayant quitté précipitamment la région. La présence d’une somme importante au presbytère devait être connue, le traitement des instituteurs et des employés de l’église devant être payés le mardi. Si la police se démène, elle ne trouve cependant pas trace des assassins…

Le 8 mars, deux anarchistes sont arrêtés par une patrouille de police après des échanges de coups de feu dans le centre de Charleroi. Il s’agissait en fait de guetteurs ; un peu plus loin, au coin de la rue Zénobe Gramme et du boulevard du Nord (actuel boulevard Janson), d’autres comparses sont en train de cambrioler le café « Au Repos des Travailleurs » tenu par les Decuber et où travaillait Marie Vuillemin comme femme de ménage. Sentant l’étau se resserrer petit-à-petit, Garnier et sa bande décident de passer la frontière et de prendre la direction de Paris. Ils rejoignent les locaux du journal « L’Anarchie ».

Du côté de l’enquête du double assassinat de Dampremy, la police est sur une piste. Un homme un peu trop alcoolisé raconte dans un café de Dampremy l’implication de son beau-fils dans la tuerie. Ce damrémois domicilié rue de Heigne pourrait en être l’instigateur. Ayant un casier judiciaire relativement fourni, il fit appel au curé pour appuyer une demande de recours en grâce. Après une période de réflexion, le curé refusa la requête, ce qui aurait pu déclencher la vengeance de l’individu. La piste est prise au sérieux, mais ne débouche finalement sur aucune inculpation.

En 1911, Jules Bonnot est également en Belgique ; il fuit la justice française. En novembre, il est à Lyon chez son ami Platano, qui connaît quelques membres d’une communauté d’anarchistes près de Paris. Platano et Bonnot quittent ensemble Lyon, Platano emportant avec lui 30.000 francs. Bonnot le tue en route, et explique que son ami s’est blessé en manipulant un revolver ; il l’acheva soi-disant pour abréger ses souffrances. Dans la région parisienne, Bonnot rencontre les exilés de Belgique qui deviennent ses complices. Ensemble, ils vont défrayer la chronique ; nouveauté, ils vont faire usage de l’automobile pour commettre leurs méfaits, ce qui leur vaudra le surnom de « bande des bandits en automobile », ou encore « bande à Bonnot ». Garnier, Bonnot et Callemin dérobent une automobile qu'ils utilisent pour braquer la Société Générale le 21 décembre 1911. Les braquages et vols avec violence vont se succéder. La « bande à Bonnot » terrorise la France.

La police arrive néanmoins progressivement à mettre fin aux activités criminelles de la bande en arrêtant ses membres l’un après l’autre. Fin avril 1912, Bonnot est fait prisonnier ; grièvement blessé, il décède peu après son arrivée à l’hôpital. Garnier, repéré, succombe le 15 mai 1912 d’une balle dans la tempe.  Marie Vuillemin, rentrée dans l’histoire comme « Marie la Belge », est arrêtée le 17 mai 1912 pour association de malfaiteurs ; elle est acquittée lors du procès de la bande.

A Charleroi, quelques semaines plus tard, le juge d’instruction Julien Vandam prend connaissance du mémoire adressé au procureur de la République par Louis Fegeard, arrêté pour tentative d’assassinat d’une cabaretière près de Paris, le 6 juin 1912. Dans ce document, Fegeard renseigne un double crime commis en Belgique. Le juge Vandam décide de se rendre en commission rogatoire à la prison de Corbeil, en région parisienne, pour interroger Fegeard sur ces assassinats. Ce dernier est formel, et accuse feu Octave Garnier et trois autres complices du double meurtre de Dampremy, notamment les dénommés Lebourg et Porthos. Fegeard précise certains faits permettant de fortement suspecter Garnier et ses acolytes ; il prétend avoir été malade ce jour, et dès lors dans l’impossibilité de participer au crime. Les 5.000 francs auraient été partagés dans sa chambre le soir même, après le double assassinat. Avec Garnier, ils se seraient rendus à Bruxelles et à Anvers pour faire la fête, et dépenser la totalité de leur butin.

Les principaux mis en cause par Fegeard décédés et les autres pistes ne menant à aucune inculpation, les auteurs de l’assassinat de François-Xavier De Jong et de Marie-Palmyre Roland ne seront jamais identifiés avec certitude. La sépulture de l’Abbé De Jong est toujours visible dans le cimetière de Dampremy, à quelque centaines de mètre de l’ancien presbytère, aujourd’hui disparu. Marie Vuillemin serait revenue vivre à Charleroi et aurait tenu un magasin rue de la Régence. Elle serait décédée vers 1963.

 

Tombe de F.-X. De Jong - Cimetière de Dampremy
Rue Baudy
6020 Charleroi (Dampremy)
Métro Dampremy



Vous disposez d'informations complémentaires sur ce sujet ?
Partagez les !

  • Tous les champs doivent être complétés. Votre adresse e-mail ne sera pas publiée ;
  • Les commentaires ne sont publiés qu'après avoir été validés par le modérateur du site; un délai de quelques heures est donc parfois nécessaire avant que votre commentaire n'apparaisse sur le site. Les commentaires qui ne seront pas publiés seront définitivement supprimés.
  • Seuls les commentaires à valeur ajoutée seront publiés ; aucun commentaire à caractère discriminatoire ne sera publié.

 

Contact | A propos de ce site | Tous les sujets | A la recherche de documents... | Portail non-officiel sur Charleroi |© www.charleroi-decouverte.be 2007 - .... | Version 5
Licence Creative Commons
Charleroi Découverte! est mis à disposition selon les termes de la
licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.0 Belgique.