Le Boulevard Tirou tel qu'il se présente aujourd'hui n'a pas toujours présenté cet aspect de grand boulevard rectiligne, traversant la Ville Basse d'ouest en est, faisant de lui l'une des plus -si pas la- principale artère de la Ville Basse. Il y a un siècle encore coulaient sur le tracé du boulevard actuel les eaux capricieuses de la Sambre.
Bien avant la construction de la forteresse de Charleroy, un petit hameau modeste, le Charnoy, se dressait sur la rive gauche de l'ancienne Sambre, habité par une cinquantaine d'habitants seulement. Localisé aux environs des actuelles Rue des Alliés et de Dampremy, le village sera totalement détruit pour laisser place aux travaux de construction de la forteresse espagnole, dessinée par l'architecte Van Es.
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Le Boulevard Tirou, où coulait jusque fin des années 1940 la Sambre
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Une ville nouvelle, baptisée Charles-Roy, voit le jour. Rapidement, la forteresse est prise par les français, en 1667. Vauban est chargé de reconstruire la forteresse. Ses plans sont modifiés, une Ville Basse est créée au pied de la colline, la Sambre traverse désormais les fortifications. Un peu plus au sud, une zone inondée vient renforcer la défense de la cité. Les zones situées à proximité de la rivière, de l'Entre-Ville et de la Ville Basse se bâtissent et se peuplent petit-à-petit, de part et d'autre des rives de la Sambre, qui devient l'axe autour duquel le côté sud de la "ville" s'articule.
En imaginant la Sambre couler sur le tracé du Boulevard Tirou, il est facile de se rendre compte du rôle stratégique que jouait la forteresse. Perchée au sommet d'une colline, située à environ 400 mètres seulement des eaux de la rivière, la forteresse voit sa position renforcée grâce à cette barrière naturelle qu'est la Sambre, à laquelle vient s'ajouter la forte dénivellation qui sépare le centre de la forteresse (actuelle Place Charles II) et la Ville Basse. En témoigne l'importante déclivité de la Rue de la Montagne, tracée aujourd'hui en forme de "L" en son bas afin d'offrir dans une pente plus douce lors de son ascension.
La configuration en elle-même de la Ville Basse n'a pas fortement évolué au fil du temps. Les rues avoisinant l'actuel Boulevard Tirou comptent parmi les plus anciennes de la Ville Basse. Autrefois, toutes ces rues s'articulaient autour de deux éléments centraux : la place de la Ville Basse, et la Sambre. Le comblement de cette dernière et la création du boulevard ne transformèrent pas réellement la topographie de la Ville Basse. D'un point de vue configuration des rues, elle est restée sensiblement la même. La nouvelle artère modifia cependant profondément l'âme, le visage, et l'ambiance de tout un quartier.
Moteur économique de la Ville Basse, la Sambre, bien que capricieuse, permettait le transport de certaines marchandises, ainsi la fourniture d'énergie nécessaire à certaines exploitations. Des ateliers de tisserand, des moulins, différentes manufactures s'établirent de chaque côté de la rivière.
La rivière était cependant fort capricieuse. Quand elle ne débordait pas, elle était souvent presque à sec. Jacques Delenne et Albert Michaux, propriétaires d'un moulin dès 1687, obtiennent l'autorisation de construire un barrage en bois pour l'actionner. C'est l'une des premières tentatives de régulation de la Sambre.
Cependant, la rivière continue de faire des siennes, et rend la navigation difficile et incertaine. La Sambre est de plus en plus sollicitée pour le transport des marchandises de la région. Les charbonnages sont en plein essor, de nombreuses régions, en Belgique et mais aussi en Europe, nécessitent d'être approvisionnées en houille. Des travaux pour relier la Sambre à Bruxelles sont entamés : le Canal se Charleroi à Bruxelles sera inauguré en 1832. Charleroi reste un obstacle à la circulation des péniches. Une dérivation de la Sambre est réalisée en 1829. Même s'il faudra attendre 1832 pour que la Sambre canalisée soit considérée comme achevée, elle est directement ouverte à la circulation des bateaux en 1829. Ceux-ci utiliseront désormais le nouveau bras de Sambre, qui ne traverse plus les fortifications, mais les contourne par le sud. Le lit naturel de la Sambre est délaissé au profit de sa version canalisée.
En inaugurant ce canal, la Ville Basse devient une île, qui s'étend des actuels Pont de la Villette à celui de Philippeville.
Le lit naturel est pittoresque. On y retrouve le plus ancien pont de la ville, dont les origines remontent à la forteresse française (1670). La Sambre, côté est de ce pont, offre un charme romantique. Les frondaisons des jardins rejoignent les eaux de la rivière; les quais offrent une belle promenade, en débouchant des actuelles rues Navez et Ferrer. Y flâner est agréable; on y organise des joutes nautiques. Côté ouest, le spectacle est moins idyllique. Le bâtit est très ancien, les quartiers sont plus pauvres; on y traîne tard dans certains établissements peu recommandables. Le quartier dit du "Sale debout" (Place de la Digue), nom bien évocateur sur la salubrité des lieux, n'est pas loin.
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Quelques maisons anciennes du Boulevard, situées précédemment sur le Quai de Namur
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Malgré le canal, les inondations continuent. L'ancienne Sambre sort toujours régulièrement de son lit. Les carolorégiens de la Ville Basse continuent de redouter les fortes averses, et particulièrement la période hivernale. A partir de la moitié du XIXième, les rues bordant la Sambre deviennent de plus en plus commerçantes. Les grandes enseignes (Au Pont de Sambre, Le Bon Marché, La Vierge Noire, l'Innovation (en 1900, remplaçant plusieurs anciennes enseignes),...) s'y installent. La Sambre continue ses tumultes; aucun quartier à proximité de la rivière n'est épargné.
La Ville en pleine croissance, le nombre d'habitants grimpant en flèche, la Sambre est sollicitée pour l'évacuation des égouts, ce qui ne fait qu'aggraver la problème de salubrité. Les désagréments causés par la montée des eaux chez les particuliers et les pertes de stock chez les commerçants deviennent trop importants. Durant l'hiver 1925-26, l'eau monta considérablement, jusqu'à attendre les marches de l'église Saint-Antoine de Padoue, une centaine de mètres plus loin. Ce fut la dernière grande inondation de la Sambre à la Ville Basse.
En 1928, sous l'impulsion du bourgmestre Joseph Tirou, la Ville décide une série de grands travaux devant changer le visage de la Cité. Il est notamment décidé de combler le bras gauche de la Sambre, soit son lit naturel, pour ne conserver que sa section canalisée. Les travaux commenceront rapidement, dès 1930, mais seront interrompus par la Seconde guerre mondiale. Au lendemain de celle-ci, les travaux reprennent.
Le 11 octobre 1948, le nouveau boulevard est inauguré par Oscar Behogne, ministre des Travaux publics. La nouvelle artère est dédiée au bourgmestre Tirou, et, fait exceptionnel, du vivant de celui-ci. Joseph Tirou décédera quelques années plus tard, en 1952.
En 1952 également sont rasées les maisons donnant sur le nouveau Boulevard et bordant la Place Albert Ier. Le 25 octobre 1953, sur l'emplacement de ces habitations, sont inaugurées les colonnades (architectes Leborgne et André) qui séparent toujours aujourd'hui le Boulevard et la Place.
Si la Sambre ne coule plus aujourd'hui dans le centre de Charleroi selon son tracé naturel, différents éléments rappellent au quotidien sa présence comme axe autour duquel la Ville Basse s'est articulée.
Ainsi, de nombreuses rues et lieux avoisinants font référence à la rivière :
Les origines du moulin, situé sur la rive droite, remontent à plusieurs siècles. Le premier propriétaire fut Pierre Bady. En 1687, Jacques Delenne et Albert Michaux en deviennent les propriétaires ; ils l'agrandissent et construisent une écluse sur la Sambre. La célèbre famille Desandrouins en seront les propriétaires dès 1739. En 1900, le moulin subira un important incendie ; il fut reconstruit. Cependant, après la première guerre mondiale, il cessera ses activités. En 1925, le moulin disparaît, et son emplacement est occupé par un garage automobile.
Cette rue débouchait sur un pont qui franchissait la Sambre dès 1670. Il reliait la Place d'armes de la Ville Basse (actuelle Place Albert I) à la rive gauche de la Sambre. Il faut rebâti à plusieurs reprises ; plus aucune trace physique ne témoigne de son existence.
Au bout de cette artère, aujourd'hui l'un des axes d'entrée principaux de la ville, menait comme son nom l'indique à un pont, construit en 1830, et qui fut détruit un siècle plus tard, en 1939.
Point question directement de Sambre ici, mais du Piéton et du Ri du Sart. Ces deux ruisseaux, qui se jetaient quelques dizaines de mètres plus loin dans la Sambre, furent utilisés par Vauban afin de créer un étang artificiel de protection des fortifications, au sud-ouest de la forteresse. Les remparts étaient contigus à l'étang, formant une digue.
L'écluse dont il est question fut bâtie en 1829 et était située sur le tronçon canalisé de la Sambre.
Servant aujourd'hui principalement de raccordement au petit ring de Charleroi, cette rue menait vers les quais de chargement de sociétés minières avoisinantes (Société Anonyme des Charbonnages Mambourg, Sacré Madame et Poirier réunis et Société Anonyme des Houillères Unies du Bassin de Charleroi).
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La Chapelle Saint-Fiacre, héritage de l'ancien hôpital militaire situé en bord de Sambre
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D'un point de vue architectural, certaines traces restent également visibles.
Il épouse exactement le tracé naturel de la Sambre, traversant la Ville Basse d'ouest en est. Chacune de ses extrémités (Place des Tramways / Pont de Philippeville) se trouve à proximité immédiate de la Sambre canalisée.
La configuration de ce quai reste visible : il s'agit de la route parallèle au Boulevard, partant de la Place Albert Ier et se dirigeant, légèrement en contrebas du Boulevard vers l'hôtel Socatel, avant de rejoindre la rue Navez. Quelques maisons de cette rangée comptent parmi les plus anciennes de la Ville.
Ses origines remontent à la forteresse. La chapelle dépendait de l'hôpital militaire, en bordure de Sambre. Un peu plus loin se trouvait la "Sambre cocotte" (croisement de la rue Dagnelies et du Boulevard Tirou), où les chevaux venaient boire, et les enfants patauger dans les eaux de la Sambre. A cet endroit, la rivière -couverte à cet endroit- du Piéton, jadis réputé pour ses écrevisses, se jetait dans la Sambre jusqu'au comblement de celle-ci.
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Boulevard Joseph Tirou
6000 Charleroi
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Villette |
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